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04.01.2007

Vogue le Brésil, fin de ce blog

C’est sans passion que s’est effectuée la seconde investiture de Lula ce 1er janvier 2007. On est loin de la fièvre observée il y a 4 ans quand les media du monde entier investissaient Brasília pour rendre compte de l’évènement historique que représentait l’arrivée au pouvoir d’un ancien leader syndical sans diplôme, un immigré de l’intérieur, un homme que l’on ne connaît que par son surnom, à la tête d’un pays de 180 millions d’habitants. « Croissance », « inclusion sociale », « éthique », « sécurité publique », tous ces mots ont été prononcés dans un discours sans surprise tourné vers les plus pauvres. « Je peux regarder dans les yeux chaque brésilienne et brésilien et lui dire que j’ai maintenu, que je maintiens et que je maintiendrai mon engagement de m’occuper, en premier lieu, de ceux qui en ont le plus besoin (...). Notre gouvernement n’a jamais été et n’est pas populiste. Ce gouvernement a été et sera populaire. » Quatre ans après, on ne peut que se réjouir de voir élu comme Président d’un grand pays un homme issu de la vraie vie, qui connaît la dureté du monde du travail et la difficulté à remplir tous les jours son assiette. En ce sens, l’arrivée de Lula au pouvoir constitue un vrai progrès pour la démocratie au Brésil et pour l’humanité tout entière. Quel contraste avec nos ténors politiques dont pour la plupart on ne connaît pas d’autre métier que politicien. Mais au-delà du beau symbole du Président métallo, le Brésil se retrouve à peu de choses près face aux mêmes défis qu’il y a 4 ans. Certes il y a des acquis : une économie stabilisée et des programmes sociaux qui ont permis d’améliorer la vie quotidienne de plusieurs millions de personnes. Mais, on le sait, le pays reste miné par une série de faiblesses persistantes : une croissance trop faible qui n’est pas sans relation avec une politique monétaire des plus rigides, une classe politique à la limite de la dignité, un poids toujours plus important des pouvoirs parallèles. Lula II devrait être marqué du moins à ses débuts par une forte coalition d’une dizaine de partis destinée à faire passer des réformes jugées essentielles. Mais cela suppose de dépasser les querelles d’appareil et sur ce point ça commence mal. Alors que cette « grande coalition » doit permettre au Président brésilien de pouvoir compter sur un Congrès allié, un combat fratricide s’est engagé depuis des semaines pour la Présidence de la Chambre des Députés entre d’un côté l’actuel titulaire du perchoir, le communiste Aldo Rebelo, et de l’autre Arlindo Chinaglia du PT, le parti de Lula. Rien ne semble pouvoir éteindre l’incendie et les appels à l’union du Président ne trouvent pour l’instant aucun écho. A l’occasion de son investiture, le chef de l’Etat s’est également attardé sur les questions de sécurité publique qui sont réapparues sur le devant de la scène ces derniers jours. Une nouvelle vague de violence criminelle, désormais communément qualifiée de « terroriste » a atteint un grand centre urbain en l’occurrence Rio. Une vingtaine de personnes a été tuée dans divers attentats dont un contre un autocar assurant une liaison pour São Paulo au cours duquel plusieurs personnes ont été brûlées vives. Les responsables en sont bien entendu les factions criminelles qui règnent sur le trafic de drogue mais il est à noter que cette fois-ci ce ne seraient pas les conditions de détention dans les centres pénitentiaires qui seraient la cause de ces actions, mais une réaction des groupes mafieux contre des milices d’auto défense qui leur ont déclaré la guerre dans plusieurs dizaines de favelas. Ces derniers groupes qui semblent largement infiltrés par les polices militaire et civile se sont donné pour objectif d’expulser les trafiquants et de créer à nouveau des conditions de sécurité ... tout en rançonnant les habitants. Interrogé par TV Globo, le sociologue Glaucio Soares estime que « l’oppresseur d’hier est remplacé, avec d’autres activités, par celui d’aujourd’hui qui se répand. Il est possible qu’il n’y ait pas de différence entre les deux ». Violence, croissance, éthique, ... les chroniqueurs ont beau jeu de noter que de nombreux thèmes abordés lors de l’investiture de Lula II étaient déjà présents en  2003 ce qui nous ramène au début de notre propos : le chemin à parcourir reste immense pour que le Brésil puisse bénéficier d’une relative prospérité. Mais il ne faut pas non plus rester sur une note purement négative. Dans de nombreux domaines, le Brésil avance et de nombreux indicateurs économiques et sociaux sont en amélioration constante, bien avant Lula d’ailleurs pour certains d’entre eux. Mais tout est une question de vitesse. Lula II pourra-t-il passer la surmultipliée ? Quoi qu’il en soit, on continuera de voir dans ce pays la Terre d’Avenir promise par Stefan Zweig.

 

 

Ce blog a accompagné l’année électorale tout au long de 2006, il est désormais grand temps, en ces premiers jours de 2007, d’y mettre un terme. Si cette chronique a pu contribuer à une meilleure connaissance des réalités brésiliennes par quelques uns de nos concitoyens, son objectif sera atteint. Les milliers de visites enregistrées, ainsi que l’intérêt manifesté par des sites comme Alterinfos et Autres Brésils, ou des media comme France Inter ou France Culture, constituent un bon encouragement. Feliz 2007 e até breve !

 

19.12.2006

Les 99 bougies de l’architecte

Oscar Niemeyer, l’homme qui a construit Brasilia, vient de fêter ses 99 ans et défie toutes les lois de la médecine. Malgré une fracture de la hanche il y a 2 mois, il continue de travailler et foisonne de projets qui donnent le tournis : un centre culturel à Recife, une cité administrative à Belo Horizonte, une place à la Havane (projet en phase de réalisation) sans oublier l’inauguration dans les prochains jours d’une statue pour la paix à Paris. Selon un de ses proches collaborateurs, on dénombre ainsi une bonne dizaine de projets dans les cartons, en phase plus ou moins aboutie. Pionnier de l’exploration des possibilités du béton armé, il est le chantre de la ligne courbe. « La courbe que l’on rencontre dans les montagnes de mon pays, dans le cours sinueux de ses fleuves, dans les vagues de l’océan, dans les nuages du ciel, dans le corps de la femme aimée ». Niemeyer est l’exception culturelle à lui tout seul. Communiste depuis toujours, il ne renie rien de ses idéaux et se permet d’aiguillonner Lula trop timide à ses yeux, non sans avoir appelé à voter pour lui en octobre.

 

 

Imaginait-il lorsqu’il construisait la future capitale brésilienne dans les années 50 que le Congrès National abriterait tant de turpitudes ? Après avoir brillé pendant 4 ans avec différents scandales de corruption, les parlementaires ont décidé d’achever leur mandat par une dernière salve en s’auto votant une augmentation de salaire de 91%. L’opinion publique qui en a vu d’autres semble balancer entre indignation et désabusement ; à Bahia, une déséquilibrée a même essayé d’attenter à la vie du député Antonio Carlos Magalhães Neto prétextant ce réajustement salarial pour expliquer son acte.

05.12.2006

Vers une grande coalition à la brésilienne

On est habitué en France à une période de transition assez brève. Election du Président début mai, prestation de serment une dizaine de jours plus tard et nomination du gouvernement dans la foulée. Rien de comparable au Brésil. Réélu il y a un mois, Lula ne commencera son second mandat que début janvier et certains parlent de février pour la prise de fonction du prochain gouvernement. Dans l’intervalle, Lula consulte. Contrairement à la situation qui prévalait il y a 4 ans, le temps ne joue pas contre lui. Il n’y a pas de crise financière à éponger dans l’urgence, bien au contraire, le Président brésilien continue de répéter à l’envi que le Brésil va entamer un cycle de croissance de 5% annuels. Fort de son succès électoral et de la bonne santé économique apparente, il souhaite former une ample coalition, non pas la coalition de nécessité que fait le vainqueur d’une courte tête, mais bien la coalition de celui qui, sûr de sa force, se place au dessus de la mêlée. Dans cette stratégie, il vient de marquer un point important avec le ralliement du PMDB, bien joué. Rappelons que le PMDB est le troisième poids lourd de la politique brésilienne avec le PT et le PSDB. Le PMDB était divisé pendant le processus électoral entre pro Lula et pro Alckmin. Ce qui signifie qu’aujourd’hui, une partie des partisans de Alckmin vient de faire allégeance au chef de l’état brésilien. D’autres partis viendront se joindre à la coalition gouvernementale notamment le PSB (Parti Socialiste Brésilien) de l’ex candidat à la Présidentielle de 2002, Ciro Gomes. Fort de ces soutiens, Lula va débuter son second mandat avec l’appui de la plupart des gouverneurs et une situation favorable à la Chambre des Députés, situation inespérée il y a quelques mois (notre note du 05/09). Seul le contrôle du Sénat devrait lui échapper. Cette situation ne doit pas faire illusion, les difficultés se profileront rapidement. Avec le PT tout d’abord. Habilement, le Président brésilien tente de prendre un peu de distance avec un parti dont l’image est sortie très délabrée des scandales de ces derniers mois. Mais on imagine bien que le PT n’acceptera pas de se laisser marginaliser dans le prochain gouvernement et de se laisser dessaisir de « sa » victoire. Autre élément à prendre en considération, l’horloge électorale tourne vite au Brésil. Dans 2 ans auront lieu les élections municipales qui marqueront le début de la lutte pour la présidentielle 2010... Deux ans maximum de tranquillité, c’est court pour un Président qui veut entrer dans l’histoire. Une inconnue demeure, l’attitude de l’opposition. Encore groggy de sa défaire, le PSDB va-t-il adopter un profil bas pour se refaire une santé ou repartir au front pour jouer son rôle de principal opposant ? Mais saura-t-il régler ses divisions ? Avec quatre personnalités d’envergure nationale, chacun imagine que le PSDB ne pourra faire l’économie d’une guerre interne. Alckmin apparaît aujourd’hui sur la touche, mais on ne connaît pas ses intentions pour l’avenir. Forts de leur élection au poste de gouverneur de São Paulo et du Minas Gerais, José Serra et Aécio Neves ne cachent pas leurs ambitions pour 2010. Mais c’est sans compter sur le montreur de marionnettes, l’ex Président Fernando Henrique Cardoso qui ne se résout pas à ne pas à ne pas être consulté à tout propos et ne désespère pas de tirer quelques ficelles lors des futures joutes électorales.

 

14.11.2006

Un communiste à la tête du Brésil ! (pour quelques jours)

Oui, vous avez bien lu, le Brésil sera pour la première fois de son histoire dirigé par un éminent membre du PC do Brasil à plusieurs reprises d’ici la fin de l’année. Il pourrait s’agir d’un gag, tant ce parti est microscopique mais cette curiosité n’est rien d’autre que le résultat d’une situation constitutionnelle inédite. Résumons-nous : à plusieurs reprises ces prochaines semaines le Président brésilien Lula sera en déplacement à l’étranger. Dans une pareille situation, la Constitution prévoit que ce soit le Vice Président qui prenne les rênes de l’Etat. Mais ce dernier, José Alencar, est malade et dans l’incapacité d’occuper une charge publique pour 30 jours. Ayant réussi à repousser les assauts du cancer il y a une dizaine d’années, il a subi une récidive il y a quelques mois, et son état nécessite aujourd’hui une intervention chirurgicale qu’on imagine lourde. D’où vacance de la Vice Présidence qui s’ajoute à la vacance Présidentielle et c’est donc le 3ème personnage de l’Etat, à savoir le Président de la Chambre des Députés qui assure l’intérim. Or il se trouve qu’il s’agit jusqu’à la fin de l’année d’un député du PC do B de São Paulo, Aldo Rebelo. L’exercice de ses courtes prérogatives devrait être discret car devant se limiter à la remise de la médaille du mérite sportif au marathonien Marilson Gomes dos Santos récent vainqueur du marathon de New York.

 

Aujourd’hui, l’état de santé de José Alencar laisse planer un doute sur sa capacité à assumer son second mandat de Vice Président à partir de janvier 2007. Les élections des prochains Présidents de la Chambre des Députés et accessoirement du Sénat (3ème et 4ème personnages de l’Etat) ne devraient en être que plus disputées et on peut supposer que Lula en personne aura son mot à dire.

07.11.2006

Les bus peuvent aussi brûler à Rio

Les élections étant passées, la vie quotidienne, le dia a dia, reprend tous ses droits et retrouve sa place médiatique. La violence d’abord. Par un troublant effet de parallélisme avec notre pays se déroule le procès des auteurs présumés de l’incendie volontaire d’un bus sur Rio, un drame qui avait fait 5 morts en 2005. Ce crime aurait été lié au trafic de drogue. Plusieurs des auteurs ne seront pas jugés car ayant fait l’objet d’une justice expéditive. Ils ont en effet été exécutés par une faction criminelle deux jours après les faits. Trois prévenus comparaissent, et une première condamnation à 309 années et 5 mois de prison vient d’être prononcée, on appréciera la précision. Le Brésil fascine de nombreux étrangers par sa violence, on a ce dimanche entendu sur France Culture (L’Esprit Public) l’écrivain Max Gallo tenter de trouver une improbable résonance entre la violence dans nos banlieues et celle des grands centres urbains brésiliens. Mais dans le même temps, histoire de rappeler qu’on peut vivre tranquille même dans une favela, on lit avec intérêt sur O Globo online qu’à Niterói (Etat de Rio) le morro do Cavalão qui était il y a peu infesté par le trafic, la violence des gangs et celle de la police, est aujourd’hui devenu un exemple de tranquillité sans le moindre homicide en trois ans. La solution ? Une police de proximité qui est acceptée de la population (tiens, tiens) et le travail des associations qui peuvent redevenir efficaces dès lors que le quotidien n’est plus rythmé par les coups de feu.

 

 

Mais à toujours parler de la violence, on a l’impression qu’il n’y a rien d’autre. Ces derniers jours, le quotidien des brésiliens a été affecté par deux problèmes comme il en existe sous toutes les latitudes. Tout d’abord une grève du zèle des contrôleurs du ciel qui paralyse une grande partie du trafic aérien, et d’autre part une polémique sur le prix du pain. Auparavant vendu à l’unité il est désormais vendu au kilo et devinez quoi ? par un tour de passe-passe digne du passage à l’€, une substantielle augmentation des prix est intervenue. Bus qui brûlent, mouvements sociaux, pouvoir d’achat, tout cela est proche de nous, mais ne nous y trompons pas, rien n’est vraiment pareil.

 

 

06.11.2006

Recadrage post élection

C’est souvent comme ça. Dans les quelques heures qui suivent une élection chacun se lâche un peu et s’autorise à sortir de son rôle. L’entourage proche de Lula qui avait dès le soir de la victoire parlé de « la fin de l’ère Palocci » s’est vu remettre en place par le Président en personne. C’est moi qui nomme les ministres, c’est moi qui décide des orientations économiques, a-t-il fait savoir. Il faut rappeler que le second mandat de Lula ne commencera que début 2007, nous sommes donc actuellement dans l’entre deux. Les quelques semaines qui vont s’écouler d’ici l’investiture seront propices aux intrigues de palais et aux options politiques. Parmi celles-ci, les choix économiques. « L’ère Palocci » symbolise le premier mandat de Lula marqué par une politique économique orthodoxe et la rigueur budgétaire. Le débat du second mandat appuie là ou ça fait mal : comment mener une politique de développement soutenu sans pour autant sacrifier les sacro saints fondamentaux économiques ? Il est donc logique que les faiseurs d’opinion de tout poil tentent de faire jouer leur influence par media interposés en espérant peser dans la pensée présidentielle. Lula a très rapidement tenu à marquer son pré carré en rappelant qu’il se donnait jusqu’au 31 décembre pour former son ministère, et après quelques jours de vacances familiales à Salvador, il entame la série de consultations qu’il avait annoncée avec ses alliés comme avec ses opposants. Quelques semaines de théâtre d’ombres s’annoncent pendant lesquelles on continuera de scruter les feuilles bien informées ou prétendues telles pour décrypter sous quels auspices s’engagera le second mandat.

 

30.10.2006

Lula, la victoire à 61%

Au pays du gigantisme, les chiffres donnent le vertige. Elu avec 60.8% des voix, Lula a recueilli 58 millions de votes, creusant un écart de près de 21 millions de suffrages par rapport à Alckmin. Le second tour aura accentué les disparités géographiques du premier. La région Nord a voté à plus de 65% pour Lula mais c’est dans son fief du Nordeste où il donne une véritable fessée à son adversaire avec un score de 77% (plus de 13 millions de voix d’écart). Pour les nordestins, l’élection s’est bien résumée à une opposition entre les « élites » du Sud (principalement paulistas) vs. Lula le père des pauvres, fils le plus connu du Nordeste. Voter pour Alckmin à Bahia ou dans le Pernambuco ne pouvait donc relever que d’un exercice de masochisme. Par rapport au 1er tour, Lula a également su inverser la tendance dans les régions Centre Ouest (52%) et Sud Est (57%) où il avait pourtant été distancé par le candidat du PSDB le 1er octobre. Finalement celui-ci ne l’aura emporté que dans la région Sud avec 53% des voix. La soirée a également réservé de bonnes nouvelles pour le Président brésilien avec l’élection des gouverneurs d’Etat. Certes son parti le Parti des Travailleurs ne compte que 5 gouverneurs élus sur 27 (dont 4 étaient déjà connus dès le 1er tour). Mais ce score est le plus élevé jamais enregistré par le PT et il était inattendu il y a 2 mois quand les enquêtes le créditaient uniquement 2 voire 3 Etats (cf. notre note du 5 septembre). Plus important pour Lula, on sait qu’il pourra compter sur l’appui de nombreux gouverneurs par les jeux d’alliances, soit nationales soit locales ce qui constitue une nouveauté par rapport à 2002, l’exemple le plus pittoresque étant celui du Maranhão où les deux candidats apportaient leur soutien au Président brésilien alors que leur formation politique fait partie de l’opposition au plan national. Finalement, Lula peut aujourd’hui s’appuyer sur 16 gouverneurs (sur 27) lesquels devraient donner un coup de pouce au prochain gouvernement de par leur influence auprès des parlementaires de leurs Etats siégeant à Brasilia. Dans un paysage toujours très atomisé, la politique politicienne va rapidement reprendre son cours avec un parti très convoité, le PMDB (plus ou moins centriste) qui avec un nombre important de gouverneurs et d’élus à Brasilia constitue un faiseur de majorité. On peut penser qu’aujourd’hui ce parti est prêt à se laisser séduire par un bout de chemin gouvernemental avec le PT.

 

Comme tout soir de triomphe, le vainqueur porté par l’euphorie a prononcé des phrases d’espoir et d’ouverture. « Jusqu’au mois de décembre [fin du présent mandat], je vais converser avec toutes les forces politiques du pays sans veto envers qui que ce soit ». « Les partis politiques ont besoin de se renforcer et pour cela nous allons discuter dès le début du mandat de la réforme politique dont le Brésil a tant besoin ». « Maintenant, il n’y a plus d’adversaire. L’adversaire, ce sont les injustices sociales. Et tout le monde doit s’unir pour faire croître le Brésil ». « Vous pouvez en prendre bonne note. Il y aura plus de crédit, il y aura plus de revenus, le salaire minimum va de nouveau croître. Nous avons démontré que quand le peuple a un peu d’argent, il commence à acheter, le commerce commence à vendre, l’industrie commence à produire ». Paroles optimistes qui n’ont pas convaincu dans les rangs de l’opposition dont un représentant a annoncé qu’elle serait « trois fois plus sévère que ce quelle a été lors du premier mandat ». Mais c’est sur le PSDB (le parti de Alckmin) et son allié le PFL que va être mise la pression dans les prochaines semaines. Ils ne peuvent donner l’impression de jouer l’obstruction systématique, mais ayant surexploité les scandales en cours (dont le processus judiciaire se poursuit) ils se doivent également d’être fidèles à leur ligne de fermeté. Difficile numéro d’équilibrisme dont elle ne sortira peut-être pas intacte. Tous les regards se tournent déjà vers les gouverneurs PSDB de deux des états les plus puissants José Serra (São Paulo) et Aécio Neves (Minas Gerais) très probables présidentiables pour 2010 et qui de ce fait ont tout intérêt à polir une image d’hommes de dialogue. Côté PT, il y aura aussi du renouvellement pour tourner la page. Tout un symbole, Zé Dirceu l’âme damnée des scandales du 1er mandat (c’est du moins ainsi qu’on le présente) a été accueilli sous les cris de « voleur » « bandit » ou autre « Judas » hier dimanche lorsqu’il est allé voter dans son quartier de São Paulo. Quelques noms à retenir pour les prochaines années dans l’entourage de Lula ? Dilma Rousseff et Tarso Genro, déjà dans le staff présidentiel où ils semblent donner toute satisfaction, Jacques Wagner l'ex syndicaliste élu gouverneur de Bahia dans un scrutin où il a déjoué tous les pronostics, Marta Suplicy qui semble avoir digéré sa défaite de 2004 à la mairie de São Paulo, Ciro Gomes (membre du Parti Socialiste et allié incontournable dans le Nordeste), Fernando Pimentel le maire de Belo Horizonte qui a pour lui d’être un homme neuf. Il est mineiro comme Aécio Neves, et qui sait si après avoir longuement séjourné à São Paulo, le centre de gravité de la vie politique brésilienne ne va pas migrer sur Belo Horizonte dans quelques années ?

La presse brésilienne n’en rajoute pas dans le triomphe de Lula. Bien sûr celui fait la une de tous les titres mais de manière factuelle :

Lula est réélu, il promet la croissance et demande l’union (Folha de São Paulo)

Lula promet l’ouverture pour son second mandat avec une réforme politique (Estado de São Paulo)

Lula réélu, le gouvernement parle maintenant de la « fin de l’ère Palocci » (O Globo) - référence à l’ancien ministre des Finances symbole de la politique d’orthodoxie monétaire -

Lula promet le Premier Monde (Jornal do Brasil) - référence aux déclarations de Lula promettant de faire passer le pays de sa condition de pays émergent à celle de nation développée -

L’espérance renouvelée avec 58 millions de voix (Correio Braziliense) – unique référence à « l’espérance » qui marquait la victoire de 2002. Le second mandat s’annonce comme pragmatique...

 

29.10.2006

Lula pratiquement réélu

Alors que 86% des voix ont été décomptées, Lula arrive comme prévu largement en tête avec 60.4% des voix contre 39.6% pour Alckmin. L’écart est actuellement de plus de 17 millions de voix alors qu’il en reste 18 millions à dépouiller. Conclusion, Lula est virtuellement élu.

 

Lula en route pour la gloire ?

On vote ce dimanche, et tout laisse à penser que Lula va se succéder comme chef de l’Etat brésilien. Certes Alckmin prétend sentir le vent du retournement de situation mais il est bien le seul, comment pourrait-il remonter 20 points de handicap en quelques heures ? La campagne s’est résumée à un choix pour ou contre Lula, on n’a réciproquement pas eu connaissance d’un seul électeur se posant la question de voter pour ou contre Alckmin. Une querelle d’hommes d’autant plus exacerbée que leurs programmes semblent très proches. Mais il faut bien trouver une manière de se différencier. Sur un plan économique l’un comme l’autre candidat s’appuyant sur la stabilité monétaire poursuivra la politique de baisse de taux pour redynamiser la croissance, augmenter ainsi le rythme de création d’emplois et faire rentrer davantage de recettes fiscales. Sur le papier, Alckmin est bien sûr plus libéral que Lula, mais ce n’est pas un idéologue et il ne semble pas prêt à mourir  pour des dogmes comme par exemple celui de l’autonomie de la Banque Centrale. C’est en revanche sur le plan de la politique extérieure que les différences les plus marquantes ont été notées, Lula restant partisan des alliances Sud-Sud et Alckmin souhaitant classiquement se rapprocher (traduire : se placer dans l’ombre portée) des USA et de l’Union Européenne, mais qui s’en soucie ? La campagne a été violente, on n’est pas habitué sous nos latitudes à comparer la propagande de ses adversaires politiques à celle du Docteur Goebbels, comme ce fut le cas ici de part et d’autre. La bataille fut au dessous de la ceinture comme en témoigne le tristement célèbre scandale du dossiê et ses ramifications de toutes sortes où l’on ne sait plus qui manipule qui. Lula n’a eu de cesse ces dernières semaines de critiquer « les élites » qui « depuis Cabral » (soit ni plus ni moins que la découverte du Brésil en 1500) n’ont cessé de gouverner contre le peuple. Populisme facile, mais a contrario certaines attaques contre le Président brésilien ont été lamentables tels ces auto collants apparus ces derniers jours ironisant sur une supposée propension à la boisson de la part du chef de l’Etat (attaque récurrente) ou, encore pire, moquant son infirmité à la main gauche. Il faudra bien après l’élection recréer des ponts entre les deux bords, certains ont d’ailleurs pris soin de ne pas trop s’enfoncer dans la boue. Dans ses rêves les plus dorés, Lula est réélu confortablement, il crée les conditions d’une croissance économique soutenue, et avec l’aide de quelques opposants éclairés il réussit les réformes institutionnelles permettant de rendre le pays plus gouvernable qu’il ne l’est aujourd’hui. Rendant le pouvoir début 2011, il entre dans l’histoire. Dans une version plus sombre, la guerre civile avec le PSDB se poursuit et le Brésil fait du surplace. Débuts de réponse dès ce soir et dans les prochaines semaines.

 

28.10.2006

Fin de campagne anémiée (et non animée)

On attendait un suspens au couteau pour le second tour et finalement ... rien. Après les quelques jours d’incertitude post  premier tour, les sondages ont repris leur cours pour donner à nouveau un avantage considérable à Lula. La faute à une agressivité déplacée de Alckmin lors du premier débat télévisé et à une stratégie de campagne exclusivement basée sur l’exploitation du scandale du dossiêgate. Mais à l’ère du court terme médiatique, un scandale tient difficilement plus de 15 jours le haut de l’affiche, et tout semble être rentré dans l’ordre ... jusqu’au prochain rebondissement. Malheureusement pour Alckmin, celui-ci n’interviendra probablement pas avant le scrutin de dimanche. Preuve du fatalisme qui s’est abattu sur le PSDB (le parti de Alckmin), la semaine a surtout été l’occasion pour ce parti de se déchirer sur ... l’attitude à adopter lorsque Lula aura été réélu : opposition civilisée ? obstruction systématique ? collaboration sur certains sujets d’intérêt national ? Tout dépendra du rapport de force dimanche soir et des suites judiciaires des scandales en cours.

 

***

A l’heure où en France les militants du PS se déchirent sur la démocratie participative (dont on rappelle qu’elle est née au Brésil) on ne peut qu’être perplexe sur la démocratie représentative au Brésil, du moins à la lecture d’un récent article de l’édition électronique de la Folha. Ce journal a en effet étudié le patrimoine déclaré des 513 députés de la nouvelle Chambre élue le 1er octobre. Il ressort que le patrimoine moyen d’un député est de 2.5 Millions de R$ (un peu moins d’1 M€) soit pas moins que 392 années de travail pour le Brésilien moyen. Par souci d’honnêteté intellectuelle, il convient de remarquer que cette moyenne de 2.5 MR$ est fortement tirée vers le haut par quelques cas exceptionnels, tel le député Camilo Cola qui du haut de ses 83 ans déclare un patrimoine de 259 Millions de R$ (100 M€ soit 400 siècles de travail pour l’homme de la rue). Sans surprise une majorité de députés millionnaires en R$ provient du Sud Est, principalement de São Paulo. Le milliardaire paulista siégeant pour compte du paysan nordestin ? Ca sonne comme un film de Capra mais on peut en douter.

21.10.2006

De l’usage la peur en période électorale

« L’espérance a vaincu la peur ». On se souvient des mots prononcés par Lula le soir de son élection en 2002. Car il avait bien été question de peur pendant cette campagne. Dès le mois de mai, soit près de 6 mois avant l’élection, la persistance de sondages donnant une confortable avance au candidat du PT avait amené plusieurs banques d’affaires américaines et européennes à déconseiller à leurs clients d’acheter des titres brésiliens. S’en était suivie une forte crise de change qui avait vu le Real perdre 50% de sa valeur et Lula hériter d’un pays exsangue financièrement. Nous ne sommes plus en 2002 et Lula ne fait plus peur à personne. Mais, ébranlé par son semi échec du 1er tour, c’est bien lui qui a choisi pour ce scrutin d’agiter le chiffon de la peur pour assurer sa réélection. « Choc de gestion » promet Alckmin histoire de se positionner comme un « gestionnaire » face au « dépensier » Lula. Choc de gestion = privatisation des bijoux de la couronne (Petrobras, Banco do Brasil) et coupes dans les programmes sociaux, martèle depuis le soir du 1er tour la propagande lulesque. Pure construction intellectuelle qui n’est pas étayée par le programme de Alckmin. Mais qui semble donner des résultats. 60% d’intentions de vote pour le président sortant contre 40% pour son rival à une grande semaine du vote, le break semble fait. Mais la victoire de Lula si elle se confirme sera davantage celle de la résignation que de l’espérance.

12.10.2006

Alckmin, le cave se rebiffe

Interrogé il y a peu par France Culture pour l’émission « Travaux Publics », le politologue Olivier Dabène, un des meilleurs connaisseurs du Brésil en France, rappelait que lorsqu’il a été investi par son parti le PSDB pour concourir à l’élection présidentielle, Geraldo Alckmin n’était pas le meilleur candidat possible et qu’il apparaissait plutôt comme quelqu’un « qu’on voulait griller ». Décision que l’on pouvait analyser comme le choix du PSDB de faire l’impasse sur 2006 pour mieux rebondir en 2010. Après le résultat inespéré du 1er tour qui l’a vu mettre Lula en ballottage,  Alckmin semble métamorphosé et fait feu de tout bois, nous jouant un remake brésilien du Cave se Rebiffe (bien que son apparence physique le fasse davantage ressembler à Alain Juppé qu’à Maurice Biraud, tous deux grands génies comiques français). Lors du 1er débat de l’entre deux tours dimanche 8 octobre sur TV Band, Lula s’est en effet immédiatement retrouvé assiégé par son challenger sur la question de l’origine des fameux 1.7 Millions de R$ (un peu plus de 600 000 €) du dossiêgate (tentative d’achat par des hommes de main du PT d’un dossier supposé compromettant pour José Serra, l’un des ténors de l’opposition). De l’avis de l’ensemble des observateurs, Alckmin est sorti vainqueur du combat, pardon du débat, impression confortée par les sondages en ligne de la Folha, O Estado et O Globo – qui  n’ont pas de valeur scientifique – Mais patatras, après deux jours d’euphorie, c’est la douche froide pour l’état major de campagne de l’ancien gouverneur de São Paulo. Selon un sondage Datafolha post débat, c’est bien Lula qui aurait poussé son avantage avec maintenant un rapport de force de 56% à 44% (contre 54-46 la semaine dernière). Certes, comme le clame aujourd’hui Alckmin, les sondages se trompent. Mais si leurs résultats en valeur absolue sont assortis d’une marge d’erreur (plus ou moins 2 points dans ce cas), les tendances qu’ils détectent sont rarement erronées comme on a pu le voir avant le 1er tour où l’avantage de Lula diminuait de jour en jour. Les oscillations mesurées par Datafolha semblent avant tout révéler les limites d’une stratégie de campagne uniquement basée sur l’exploitation d’un scandale qui s’émousse, et qui pourrait même faire passer Lula pour victime d’un acharnement médiatique. Alckmin doit-il compter sur un nième rebondissement de l’affaire pour reconquérir des électeurs et reprendre espoir ? Si une élection présidentielle se résume à cette question, c’est évidemment un peu court. Pour le débat d’idées, il faudra sûrement repasser dans 4 ans.

 

07.10.2006

Léger avantage pour Lula à la reprise du match

54% contre 46 en faveur de Lula, c’est le résultat du premier sondage d’après 1er tour, effectué par Datafolha. Compte tenu d’une marge d’erreur de 2 points en plus ou en moins, le rapport de force reste assez cohérent avec ce que l’on pouvait attendre (cf. notre note du 04.10). Comme annoncé, les électeurs de Heloísa Helena manifestent pour l’instant une intention majoritaire de voter Alckmin, en revanche ceux de Cristovam Buarque sont plus divisés. A noter également 4% d’indécis qui vont être l’objet de toutes les convoitises dans les prochains jours. Un nouveau rendez-vous est pris avec l’opinion publique ce dimanche soir, à l’occasion du premier débat télévisé d’entre deux tours, sur TV Bandeirantes. On nous annonce un Lula sûr de lui (de Lui ?) bien décidé à « tuer le match » très rapidement. Sur la question éthique, il semble décidé à jouer l’offensive en expliquant que si de si nombreux scandales ont éclaté sous son mandat, c’est parce que contrairement à ses prédécesseurs, il n’a pas cherché à les étouffer et a laissé la justice suivre son cours.

 

 

La semaine s’est écoulée au rythme des ralliements pour l’un ou l’autre des deux candidats. Certains sont particulièrement indignes. Lula a reçu l’appui de Maluf, ex maire de São Paulo qui a passé il y a quelques temps 2 mois préventifs sous les verrous pour être soupçonné d’avoir détourné à son profit plusieurs centaines de millions de dollars. Plus lamentable encore le soutien de Fernando Collor de Mello à l’actuel Président brésilien. Oui, Collor, l’ancien Président destitué pour corruption, qui est revenu en politique et a été élu Sénateur d’Alagoas. En guise de remerciements, Lula a salué ce retour en affirmant que Collor pourrait faire un travail « exceptionnel » au Sénat. Mais qu’on se rassure, ce n’est pas mieux de l’autre côté. On a ainsi appris le soutien public de Roberto Jefferson, l’homme qui a symbolisé par-dessus tout le scandale du mensalão en 2005. S’estimant lâché par Lula, il a décidé d’aller à la soupe dans le camp adverse. Mais la cerise sur le gâteau pour Alckmin a été le ralliement du couple Garotinho. Garotinho, le populiste, le télévangéliste, qui a mangé dans toutes les écuelles de la politique brésilienne puisque après avoir connu 3 ou 4 partis dans sa carrière, il avait soutenu Heloísa Helena au premier tour pour maintenant choisir Alckmin. Certes, on n’est pas responsable de ses soutiens mais dans le cas présent, Heloísa Helena avait ostensiblement pris une certaine distance, alors que Alckmin que certains appellent déjà le Forrest Gump brésilien était tout sourire devant les caméras aux côtés du couple infernal.

 

04.10.2006

Jours d’après élection

Les journées d’après élection, c’est un peu comme après un match important. Les images s’accumulent, les conversations se croisent, on essaye de se rappeler les moments forts et les enseignements à tirer pour le prochain match – en l’occurrence la finale qui se jouera le 29 octobre – Quelles infos se dégagent à cette heure ?

 

 

Bataille au couteau

 

Alckmin et Lula, les deux prétendants à la victoire finale à la Présidence sont déjà à la recherche d’appuis de second tour. Plusieurs ralliements individuels ont déjà été notés, mais le magot convoité des deux côtés, c’est le potentiel que représentent les 6.5 millions de voix de Heloísa Helena et les 2.5 millions de voix de Cristovam Buarque. Concernant la première, elle a choisi la neutralité. « Ce serait rompre avec 12 ans d’histoire et de confrontation politique avec le projet neo liberal du PSDB [Alckmin] et contre le gang partisan qu’est devenu le gouvernement Lula. Nos électeurs sont des femmes et des hommes libres. Ils n’ont pas besoin de nos consignes pour choisir pour qui voter » a-t-elle déclaré dans la variante brésilienne de notre « blanc bonnet, bonnet blanc » [cette allusion à la présidentielle française de 69 sera-t-elle comprise par nos plus jeunes lecteurs ?]. La version électronique de la Folha mentionne un sondage Datafolha effectué avant le 1er tour auprès des électeurs de Heloísa Helena, Cristovam Buarque ainsi que tous ceux qui déclaraient voter blanc ou nul. Selon cette enquête, si une majorité d’entre ces électeurs avaient une assez nette préférence pour Alckmin en cas de second tour, le potentiel de voix ainsi représenté ne suffirait pas au candidat du PSDB pour battre Lula (on serait en gros dans un rapport de force de 52/48 pour le Président sortant). Mais c’était avant dimanche, et aujourd’hui la dynamique est clairement du côté de Alckmin. Tout annonce donc une bataille au couteau pendant 4 semaines qui va finalement se résumer en une question : pour ou contre Lula ?

 

 

Pays divisé

 

L’élection de dimanche a montré un pays plus divisé qu’on ne le croyait avec une nette différenciation nord-sud. Lula est dominateur dans les régions Nord et Nord Est, alors que Alckmin vire en tête dans les régions Centre Ouest, Sud Est et Sud. Si Lula doit être réélu, ce sera vraiment avec les voix des nordestins qui lui ont lui ont apporté 66% des suffrages, score qui atteint plus de 70% dans des états comme le Ceará (Fortaleza) ou le Pernambuco (Recife). Cette fracture géographique, qui recouvre bien sûr une véritable fracture sociale, n’est pas une bonne nouvelle pour le Brésil. Le président élu, quel qu’il soit, devra compter avec la méfiance pour ne pas dire l’hostilité d’une partie de l’électorat « d’en face ».

 

 

Un Congrès toujours ingouvernable

 

On a pu le noter (cf. notre note du 02.10), le Sénat reste toujours dominé par l’opposition PFL-PSDB. Mais ce n’est pas le cas de la Chambre des Députés où les deux partis les plus représentés seront le PMDB (dont une partie penche pour une alliance avec le PT) et le PT lui-même. Comme dans la précédente Chambre, une vingtaine de partis est représentée ( !) mais cette fragmentation devrait se trouver réduite par l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi défavorable aux petits partis qui s’ils n’ont pas atteint un poids électoral suffisant se voient priver notamment de subventions publiques et de temps de parole à la TV. Seuls 9 partis se trouvent au dessus des minima exigés, les autres formations étant appelées à se regrouper ou à disparaître. Une nouvelle disposition qui constitue la première étape d’une « normalisation » de la vie politique pour éviter les majorités de circonstance qui prévalent jusqu’à aujourd’hui.

 

C’est très curieux, mais depuis dimanche, on ne parle plus du dossiêgate, montrant bien à quel point cette affaire est instrumentalisée. Les deux équipes sont encore aux vestiaires, elles préparent leur stratégie de seconde mi temps et le match va bientôt reprendre. A venir : de nouveaux sondages, le retour des scandales et peut-être même des débats sur le social et l’économique, si toutefois ça intéresse encore quelqu’un !

 

02.10.2006

Lula mis en ballottage. Surprise ? Echec ?

Ce n’est sûrement pas votre blog préféré qui vous apprendra les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle brésilienne. Depuis ce matin, tous les medias hexagonaux commentent en effet la mise en ballottage de Lula qui, avec un peu moins de 49% des voix, ne parvient à distancer Alckmin que de 7 points. Heloísa Helena obtient pour sa part un peu moins de 7% contre 2.5% pour Cristovam Buarque. Surprise ou non ? Echec pour Lula ou non ? Si surprise il y a, elle n’est que partielle car cela faisait plusieurs jours que la tendance était enregistrée par les principaux instituts (cf. notre note du 24.09), mais il est vrai que l’ampleur du score de Alckmin n’avait pas été prévue. Pour Lula, il ne peut s’agir que d’un revers, alors qu’il était très largement détaché jusqu’à il y a une dizaine de jours. Difficile à l’heure présente d’anticiper les résultats d’un second tour qui aura lieu dans 4 semaines. Mais le Président brésilien est clairement en danger. Car s’il n’a loupé que d’un cheveu l’élection au premier tour, rien n’indique qu’il trouvera les réserves de voix suffisantes pour franchir les 50%. Heloísa Helena et Cristovam Buarque sont des dissidents du PT et on pourrait imaginer leur électorat rentrer « naturellement » au bercail après une infidélité de 1er tour, mais il n’en sera sûrement rien pour une bonne partie tant la fracture est consommée, particulièrement entre Lula et Heloísa Helena. Il existe également un réservoir de voix pour les deux derniers prétendants au sein des 8% de votes blancs ou nuls. Mais qui peut savoir vers qui se tourneront ces électeurs probablement déçus de tout ? Une chose est certaine, Lula ne renouvellera pas l’erreur de la chaise vide du 1er tour, ayant d’ores et déjà annoncé son intention de se rendre à tous les débats télévisés.

 

 

Mais on ne votait pas que pour la présidentielle hier. Pour le renouvellement des gouverneurs, quelques surprises sont à noter et viennent mettre un peu de baume au cœur de Lula. Ont été élus 4 gouverneurs PT au 1er tour, alors que dans le meilleur des cas, on en prévoyait 3. Une énorme surprise est venue de Bahia où l’ex ministre Jacques Wagner, un proche de Lula, a été élu alors que l’on imaginait plutôt une défaite pure et simple dès le 1er tour. Autre surprise dans le Rio Grande du Sul l’ex fief du PT où son candidat Olívio Dutra a déjoué les pronostics en se hissant d’un souffle au second tour (pour 0.3% des suffrages). Pas de surprise en revanche à São Paulo et dans le Minas Gerais avec les victoires faciles de José Serra et Aécio Neves tous deux du PSDB, le parti de Alckmin.

 

 

Concernant enfin l’élection sénatoriale, les premières indications montrent une forte stabilité à savoir un Sénat dominé par l’opposition PFL/PSDB, et un PT qui ne constituerait que la 4ème formation représentée. Quelle que soit la configuration majoritaire, il y aura nécessairement des alliances à passer, et on sait qu’elles s’effectuent souvent dans des conditions moralement répréhensibles...

 

 

01.10.2006

C’est aujourd’hui le 1er tour !

Trois candidats posant des questions à une chaise vide sur laquelle est marquée « Lula », telle est l’image grotesque du dernier débat télévisé auquel le Président brésilien a finalement choisi de ne pas participer. Une stratégie risquée qui a laissé le champ libre aux critiques de ses adversaires, une stratégie qui renforcera peut-être également dans leur conviction les partisans de Lula qu’il fallait éviter « une arène de grossièretés et d’agressions » proférées par « des adversaires laissant au second plan le débat de propositions et d’idées pour se dédier quasi exclusivement aux attaques gratuites et aux agressions personnelles »,  selon les termes même du chef de l’Etat dans une missive envoyée à TV Globo pour expliquer son absence sur le plateau.

 

 

Le dernier jour de campagne est éclipsé par la catastrophe du vol 1907 de la Gol qui s’est écrasé dans la forêt amazonienne. Les dés sont jetés et Lula reste le favori pour de nombreux observateurs. Mais souvenons-nous que dans plusieurs pays développés, des surprises de dernière heure sont survenues ces dernières années. Il faudra attendre dimanche soir au Brésil (soit dans la nuit en France) pour avoir des indications sérieuses sur le résultat et en tout état de cause les résultats définitifs seront connus chez nous lundi en fin de matinée.

 

 

Porteur d’espoir en 2002, Lula a déçu là où on ne l’attendait pas. Une autre politique est possible, pensait-on à l’époque en espérant qu’à défaut de changer des règles économiques auxquelles il s’est facilement adapté, Lula l’ouvrier créerait au moins une autre gouvernance. Sur ce plan c’est raté, de nombreux media brésiliens considèrent même qu’on a régressé par rapport à l’ère de Fernando Henrique Cardoso, pourtant elle aussi riche en affaires peu flatteuses. Oui, on ne peut qu’être sensible à la dimension d’un homme simple qui a accédé à la plus haute fonction de son pays. Il a connu la faim, l’ « immigration intérieure » (comme des millions de personnes, sa famille a dû fuir la pauvreté du Nordeste), la dureté du travail où un accident l’a amputé d’un doigt. Il y a quelques semaines, pendant un bain de foule, un homme s’est précipité sur lui exhibant également un doigt amputé, montrant ainsi à quel point ses partisans le considèrent toujours comme l’un des leurs. Popularité, mais qui peut virer au populisme dans des discours s’attaquant « aux élites » quand ce n’est pas purement et simplement aux habitants de tel ou tel quartier favorisé, trop faciles cibles de tribune...

 

 

Pour son éventuel second mandat, Lula prétend faire des réformes institutionnelles et moderniser la vie politique. Il est vrai qu’avec 17 partis représentés au Congrès, des parlementaires qui n’hésitent pas à changer d’appartenance politique en cours de mandat, la politique brésilienne est une caricature de IV° République française. Mais comment peut-on imaginer l’opposition laisser les mains libres à Lula pour faire des réformes alors qu’une partie d’entre elle souhaite déjà le voir destitué avant même qu’il ne soit réélu. Tout dépendra des rapports de force qui naîtront ce mois d’octobre avec l’ensemble des résultats électoraux.

 

 

L’opposition veut s’efforcer de croire que les évènements des derniers jours vont finalement donner lieu à un second tour au cours duquel tout deviendrait possible. Mais cette opposition serait KO en cas de défaite dès ce dimanche, une défaite qui serait avant tout celle de Alckmin qui même dans son propre camp a éprouvé des difficultés à convaincre. Alckmin et son physique de technocrate, ayant une réponse formatée quel que soit le sujet ... Alckmin qui, contrairement à Lula, éprouverait probablement les plus grandes difficultés à faire entendre la voix du Brésil sur la scène mondiale tant on trouve par dizaines des personnalités telles que la sienne. On a vraiment du mal à le voir dans des habits de président.

 

 

Reste Heloísa Helena qui pendant un temps aura animé la campagne au point de pouvoir ravir à Alckmin le rôle de challenger principale de Lula. Tout en campant sur ses positions idéologiques très marquées à gauche, elle aura perdu l’image sectaire qui semblait lui coller à la peau. Elle sera vraisemblablement victime du vote utile, mais aura acquis une notoriété qui devrait lui être utile pour les quatre années qui viennent. Comme Lula, elle ne manque pas une occasion de mettre en évidence ses origines modestes mais en ajoutant que pour ce qui la concerne, elle n’a pas trahi ...

 

 

Cette campagne aura enfin révélé au monde entier la force du crime organisé qui s’est imposé définitivement comme le cinquième pouvoir au Brésil. Il a forcé les autorités de São Paulo à négocier au mois de mai pour mettre un terme à la vague de violences qui a tué plusieurs dizaines de personnes (c’est un secret de polichinelle), il a obligé TV Globo à diffuser une vidéo de soutien en échange de la libération d’un de ses reporters retenu en otage ... Bref, les groupes mafieux tels le PCC (Primeiro Comando da Capital) sur São Paulo ou le Comando Vermelho sur Rio disposent aujourd’hui d’un pouvoir qui semble sans limite. On n’a pas noté de réponse convaincante sur ce sujet chez les principaux candidats.

 

 

 

27.09.2006

Deux ou trois choses que je crois savoir à propos d’un fameux dossier

Il n’y a rien de plus difficile que d’écrire actuellement sur le scandale du dossiêgate qui secoue le  Brésil à quelques jours d’une élection capitale. Difficile d’y voir clair, impossible d’avoir du recul. L’affaire est complexe à expliquer, on ne sait pas toujours quelle est la part des faits avérés et des manipulations, comment savoir lorsqu’on est à des milliers de kilomètres ? Tentons malgré tout d’y voir plus clair.

 

 

L’entourage de Lula est-il touché ? Réponse oui, un de ses conseillers personnels (répondant à l’invraisemblable nom de Freud Godoy) est mis en cause, et plus généralement plusieurs cadres du PT sont impliqués dans cette affaire d’achat d’un dossier soi disant compromettant pour José Serra, un des adversaires politiques de Lula. Pour Marco Aurélio Mello, Président du Tribunal Supérieur Electoral, l’affaire serait pire que le Watergate !

 

 

L’affaire peut-elle aussi être compromettante pour l’opposition ? Ce n’est pas exclu, car le fameux dossier ne se limite peut-être pas aux quelques images distillées qui compromettraient Serra. Mais c’est tout le mystère. Sur certains sites, on a pu lire que le dossier mouillerait pas mal de personnel politique de différents partis qui serait lié au « scandale des sangsues » (surfacturation d’achat d’ambulances avec commissions occultes versées à des parlementaires). En attendant, Serra devrait faire lui-même l’objet de quelques investigations, son successeur comme ministre de la Santé avant l’élection de Lula également.

 

 

Que disent les sondages depuis le démarrage de l’affaire ? Ils mettent en évidence une érosion de Lula et une poussée de Alckmin (allié de Serra au sein du PSDB). Il semble apparaître un phénomène de vote utile en faveur de Alckmin qui monterait plus que Lula ne baisse. Alckmin récupérerait ainsi les voix des indécis et des autres candidats. Mais à cette minute pas un seul institut ne se risque à prévoir de façon catégorique une mise en ballottage de Lula dimanche soir. Ça risque donc de se jouer dans un mouchoir de poche.

 

 

Comment expliquer un tel scandale alors que Lula planait avec 20 points d’avance dans les sondages ? Une hypothèse est que c’est déjà 2010 qui se joue ! Compte tenu des rapports de force assez complexes entre les différents partis, un Lula trônant sur une confortable réélection aurait souhaité un rapprochement avec quelques opposants présentables dont Serra préférant en quelque sorte préempter lui-même son successeur si d’aventure celui-ci ne devait pas être issu du PT (le parti de Lula). Mais c’était sans tenir compte de quelques ultra du PT qui auraient alors tenté de mouiller Serra dans un scandale. Si tel est le cas, le stratège qui a conçu cette opération ferait bien de se reconvertir.

 

 

Que se passera-t-il si Lula est réélu ? La guerre des tranchées va se poursuivre, plusieurs actions juridiques étant intentées contre le chef de l’Etat brésilien. Ce qui veut dire que sitôt élu, Lula risque de devoir se battre pour ne pas être destitué ! Mais dans le camp adverse, les lendemains risquent de ne pas être plus radieux car une défaite face à un candidat en difficulté comme l’est aujourd’hui Lula sonnerait comme un brevet de nanisme politique. Bref, les mois qui viennent pourraient s’avérer troublés, avec à la clé quelques remous possibles pour le Real sur le marché des changes.

 

24.09.2006

Tempête autour d’un dossier

C’est la tempête et Lula est durement touché par le « dossiêgate », l’affaire organisée par des hommes de main du PT pour lier José Serra (un de ses principaux opposants) au scandale financier de l’affaire dite des sangsues. Ce dossier est un coup tordu visant à compromettre un adversaire politique, avec présomption d’argent sale, deux des participants à l’opération ayant été appréhendés avec un forte somme en liquide. A une semaine du premier tour, chacun retient son souffle car de nouveaux développements interviennent tous les jours. Plus personne ne se risque à parier sur une victoire de Lula dès le 1er tour, celui-ci voyant son avance se faire grignoter par Alckmin. Selon la dernière enquête IBOPE publiée par l’Estadão de São Paulo, l’écart entre les deux hommes vient de se réduire de 5 points en seulement 3 jours, et l’actuel président brésilien ne serait plus crédité que de 52% des voix au premier tour, alors qu’il trônait à 60% il y a encore moins d’un mois. Une mise en ballottage serait vécue comme une défaite pour le Président brésilien, tout deviendrait alors possible au 2ème tour.

 

 

Que va-t-il se passer le 1er octobre dans l’isoloir, au moment d’appuyer sur le bouton ? (au Brésil le vote est électronique). Car il est notoire que de nombreux brésiliens considèrent que c’est l’ensemble de la classe politique qui est corrompu et l’affaire ne sera peut-être perçue que comme un scandale de plus. Comment va être considérée l’attitude de Lula qui comme à son habitude a fait sauter quelques fusibles, prétendant qu’il n’était pas au courant du coup tordu ? On a d’ailleurs quelque raison de le croire, car quel aurait été l’intérêt pour lui d’organiser une affaire crapuleuse alors qu’il disposait de 20 points d’avance dans les sondages ? Mais s’il ignore ce qui se passe dans son entourage, mérite-t-il d’être président ? Difficile équation pour le président sortant à qui il faudra beaucoup de brio pour sortir de cet encerclement dialectique. La situation est suffisamment sérieuse pour le Président brésilien pour que celui-ci, qui avait jusqu’à présent délaissé les débats télévisés avec ses adversaires, envisage d’être présent à la dernière confrontation organisée dans les jours qui viennent par TV Globo. Rien ne serait en effet plus mal perçu qu’une chaise vide en plein scandale.

 

 

Dans la bourrasque du « dossiêgate », la Fondation Getúlio Vargas publie une étude passée au second plan révélant que pendant  les 3 premières années du mandat de Lula, la pauvreté a sensiblement diminué, passant de 28.2 à 22.8% de la population. Un niveau encore inacceptable, mais qui montre le chemin parcouru, d’autant que cette évolution ne s’est pas faite au détriment des équilibres macro économiques. Mais une étude bien dérisoire aujourd’hui à l’heure où le scrutin est devenu un combat de catch.

 

 

21.09.2006

La guerre de tranchées du « dossiêgate »

Le scandale du coup tordu visant à discréditer Serra, un des principaux opposants à Lula, a trouvé un nom, ce qui lui donne un statut : il s’agit du « dossiêgate ». Heure après heure l’affaire prend une nouvelle ampleur puisque le directeur de campagne de Lula, Berzoini, a été contraint de passer la main. Lula cherche ainsi à se protéger en faisant sauter un fusible comme il l’a fait à plusieurs reprises ces derniers mois. Le dossiêgate devient une guerre de tranchées médiatiques. Car si le PT se retrouve discrédité pour être soupçonné d’avoir orchestré une manigance visant à faire chuter un adversaire (achat d’un dossier compromettant destiné à être transmis aux media et arrestation de deux hommes de main en possession d’une forte somme en liquide laissant à penser qu’il existe une caisse noire) il n’en reste pas moins vrai que ce fameux dossier semble bel et bien compromettant pour l’opposition. Et déjà dans les nombreux blogs consacrés aux élections est montrée du doigt une apparente dissymétrie dans le traitement médiatique de l’affaire qui serait exclusivement à charge contre l’entourage de Lula pour délaisser l’autre partie du scandale. Certains parlent même de « parfum de coup d’état », c’est dire à quel point la tension (médiatique) règne. Et les électeurs dans tout ça ? Pour l’instant, rien. Le dernier sondage Datafolha ne montre absolument aucun changement dans les intentions de vote, Lula serait toujours élu au premier tour ce 1er octobre.

 

20.09.2006

Le scandale de trop pour Lula ?

Fin de campagne cauchemardesque pour Lula avec le nième rebondissement de l’affaire des sangsues. Un DVD diffusé sous le manteau tentait de lier au scandale un de ses principaux opposants en la personne de José Serra – lequel se retrouve ainsi sous le coup d’une commission d’enquête parlementaire. Mais ce DVD n’est bien sûr pas apparu par hasard. Un proche collaborateur de Lula accusé d’être au centre de la manigance et d’avoir tenté de monnayer le matériel compromettant à l’hebdomadaire Época ... Deux hommes de main du PT arrêtés par la Police Fédérale dans un hôtel de São Paulo avec une très forte somme d’argent sur eux... Tous les journaux qui titrent sur « un proche de Lula impliqué dans le dossier »..., l’affaire pourrait faire des dégâts. Mais qui sait comment va réagir un électorat déjà passablement blasé ? Inflation de votes blancs ? Inversion de tendance pro Alckmin dans les derniers jours à la manière d’un Zapatero coiffant Aznar sur le poteau ? Et si Héloïsa Helena tirait les marrons du feu, elle qui met Lula et Alckmin dans le même sac ? Et si la démocratie brésilienne n’était pas tout simplement en train de se saborder ?

 

 
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