31.07.2006
Des alliés encombrants
En politique, c’est comme dans la vie, il arrive que l’on ait des alliés encombrants. C’est ce qu’a dû penser Heloísa Helena en apprenant le soutien du télévangéliste, populiste, ex gouverneur de Rio, l’ineffable Garotinho que l’on avait laissé à sa grève de la faim au mois de mai dernier. Remerciements un peu gênés de la dame et de son staff qui font savoir qu’ils ne refusent aucune voix, mais qu’ils n’ont signé aucun accord.
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On ne sait pas très bien si l’on doit également qualifier le Président de la Banque Centrale Brésilienne, Henrique Meirelles, d’allié de Lula, mais en décidant une nouvelle fois d’une baisse infime de son taux de base porté à 14.75% (-0.50 point) il continue de faire l’unanimité contre lui. A l’heure des bilans, Meirelles, l’homme qui voit de l’inflation partout, pourra toujours se targuer d’avoir baissé les taux à un niveau inédit, mais il n’en reste pas moins vrai que de façon absurde ceux-ci restent à un niveau inégalé de par le monde. Du grain à moudre pour tous les opposants à Lula qui dénoncent une politique de taux élevés qui entrave la croissance et la création d’emplois. A l’heure des bilans, on se déchirera sur les années Lula : 4 millions et demi d’emplois créés à porter à l’actif du Président brésilien, mais au passif l’impossibilité de lutter contre la précarisation de la société. Selon la Folha de São Paulo, sur ces neuf dernières années [soit plus du double du mandat de Lula] la classe moyenne, celle qui perçoit entre 5 et 20 fois le salaire minimum, est passée de 39 à 26% de la population. A contrario, les familles percevant au plus deux salaires minimum sont passées de 28 à 39% pendant la même période. Ces douze derniers mois ce sont les emplois les moins qualifiés qui ont le plus progressé, relate encore la Folha.
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Lula, toujours favori des sondages, les semaines se suivent et se ressemblent mais rien n’est joué, prédit votre blog. En plus des intentions de votes blancs ou nuls, on est frappé par la méconnaissance parfois extrême des candidats en présence (pas uniquement à la présidentielle, mais également pour les élections de gouverneurs) dont un grand nombre recueille moins de 1% des intentions de vote. Pour l’instant, les sondés se contentent de mentionner les candidats qu’ils connaissent, mais les choses peuvent bouger à partir de la mi août avec la campagne électorale officielle où même les petits candidats s’inviteront dans tous les foyers par le canal du petit écran. Les scandales se poursuivent, les semaines se suivent et se ressemblent également. Au tableau d’honneur depuis plusieurs mois, l’affaire dite des sangsues, une affaire de sur facturation dans l’achat d’ambulances au préjudice des deniers publics, et dont les montants détournés se sont traduits par des billets d’avions et différentes faveurs au profit de plus d’une centaine de parlementaires - dont une grande majorité membre de petits partis alliés du PT. « 70% des parlementaires peuvent être corrompus » affirme un des acteurs de cette affaire lors de son témoignage devant une commission d’enquête parlementaire.
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24.07.2006
Et le candidat est ... un candidat
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Et pendant ce temps, la campagne s’anime. La surprise des derniers jours est venue de la percée dans les sondages d’un candidat ... féminin. La sénatrice d’Alagoas, Heloísa Helena, recueille désormais 10% des intentions de vote [hypothèse évoquée sur ce blog dès le début de l’année] grignotant ainsi l’électorat de Lula qu’elle double sur sa gauche, mais également celui de Alckmin en raison d’un recentrage non pas de son discours, mais de son image qu’elle tente d’adoucir pour ne pas effrayer la classe moyenne. Comme quoi on peut arborer des drapeaux rouges et être sensible au marketing politique.***
Comme dans toute campagne électorale qui se respecte, on peut suivre jour après jour les pseudo évènements de la journée, en général des candidats en visite dans une ville, une entreprise, une communauté. Des serrages de louche, un repas partagé avec des amis et des quidams (si possible issus des milieux populaires) et un discours martelé quotidiennement devant les caméras. Rien que de très normal, dans l’immensité du Brésil il est vital de passer à la télé et de répéter son message pour être audible. Pour Heloísa Helena, la baisse des taux et le social, pour Cristóvam Buarque, l’éducation, pour Luciano Bivar (nouveau venu dans la bataille) la réforme fiscale. Alckmin en tant que candidat « majeur » fait exception et choisit de développer chaque jour un thème différent : l’économie, l’énergie, la violence, la culture, la corruption, il a vraiment réponse à tout, cet homme et surtout cette manière de bien détacher certaines syllabes des mots im-por-tants, ça vous montre de suite le gars sérieux. Quant à Lula, il fait campagne sans en avoir l’air. Avec ses occupations internationales (G8, Mercosul) il n’a guère de temps bien entendu pour être « candidat », il n’est que « Président » histoire de bien montrer qu’il ne joue pas dans la même catégorie. Ceci étant, pour l’homme de la rue, St Petersbourg, c’est loin, et il a surtout envie qu’on lui parle de son quotidien.***
Les semaines vont maintenant être rythmées par la publication des sondages, et si cela fait plusieurs mois qu’on a une bonne visibilité sur la présidentielle, les informations sont encore partielles sur les autres scrutins. Il faut dire que les candidatures ne sont pas toujours stabilisées, et de plus les enquêtes d’opinion sont coûteuses sur des territoires aussi énormes. Il faudra donc attendre encore un peu pour avoir des informations régulières et assez fiables. Selon des indications que l’on peut considérer comme préliminaires, l’élection pour les gouverneurs ne s’annonce pas favorable pour les deux partis qui dominent la campagne présidentielle, à savoir le PT (le parti de Lula) et son opposant le PSDB (le parti de Alckmin). Sur 27 postes de gouverneurs à pourvoir, le PT pourrait en recueillir seulement un ou deux, le PSDB quatre (dont deux très convoités : São Paulo et le Minas Gerais), et c’est en fait le PMDB, lui-même absent de la course présidentielle, qui serait le mieux loti avec sept postes de gouverneurs. Les trois partis principaux ne représentant que la moitié des gouverneurs élus, on mesure bien le poids des petits partis. Mais il faut dire que le facteur personnel est très fort, sur un plan local on vote pour un homme (ou une femme dans 14% des cas) beaucoup plus que pour un parti.Et si l’on ajoute le fait que le PMDB est archi divisé entre partisans d’une alliance avec Lula et tenants d’une alliance avec le PSDB, on perçoit à quel point devrait se répéter dans les prochaines années le scénario désormais classique d’alliances plus ou moins alambiquées, et tous les trafics d’influence qui peuvent en découler.
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14.07.2006
Et le PCC reprit les armes
Comme la fois précédente, des actions aveugles figurent au palmarès de la faction criminelle : attaques contre des bus ayant entraîné la paralysie du trafic dans la capitale paulista, attaques contre des agences bancaires, attaques contre des personnes représentant de près ou de loin l’autorité publique ... Une petite dizaine de morts a été dénombrée, moins qu’au mois de mai certes, mais suffisamment pour que l’on puisse parler d’une véritable vague d’attaques terroristes (« Terrorisme brésilien » a titré le Correio Braziliense). Il semble que la stratégie du PCC soit d’élargir ses attaques vers des cibles civiles, puisque des stations service, et même un supermarché, ont été visés. Parmi les raisons ayant causé cette reprise des violences, le possible transfert de Marcola, l’actuel homme fort du PCC, pour le pénitencier de Catanduvas dans le sud du pays. Achevé il y a seulement un mois, cet établissement s’inspire des prisons de sécurité maximum existant aux USA où les prisonniers deviennent de véritables morts vivants, ce qui semble être l’obsession de Marcola.
A deux mois et demi des élections, la situation paulista ne pouvait que se retrouver au centre du débat public, représentant une énorme épine dans le pied de Alckmin qui a lui-même dirigé l’Etat de São Paulo pendant plusieurs années, et le laisse donc dans une situation peu glorieuse. Et les attaques, politiciennes cette fois, n’ont pas tardé à fuser. « Il est étrange que cela arrive en pleine période électorale, il faut faire une enquête » a lâché José Serra, le challenger malheureux de Lula en 2002 – insinuant de fait que le PT pouvait avoir partie liée avec le PCC... Côté PT, la riposte n’a pas tardé. « Irresponsable ... Opportuniste ... ». On savait que la campagne risquait d’être violente, on en prend effectivement bien la voie.
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02.07.2006
Election brésilienne : Alckmin bouge encore
Etrange semaine : ce blog ne peut (provisoirement) être maintenu pour cause de problèmes de santé de son rédacteur, mais quelle importance après le nouveau naufrage de la seleção en Coupe du Monde ? Bon, OK, mais on a peut-être malgré tout assisté à une semaine digne d’intérêt. Eh oui, incroyable mais vrai, Alckmin a fait un saut de puce dans le dernier sondage Datafolha (+ 6 points). Un gain qui s’effectue notamment sur les indécis et les électeurs de petits candidats qui ont abandonné en cours de route. Une progression insuffisante toutefois pour espérer l’emporter, Lula serait encore élu au 1er tour en ayant 17 points d’avance selon cette enquête. Mais on a bien le sentiment qu’après le tour de chauffe, le début de la course va prochainement être donné. En politicien roué, Lula parfaitement que comme en football, il est préférable de ne pas être trop favori...
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