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28.08.2006

Le crime organisé se porte bien, merci pour lui

Le mois d’août a marqué une nouvelle étape dans la véritable guerre que mène le PCC (Premier Commandement de la Capitale, principale organisation criminelle de l’Etat de São Paulo) contre le pouvoir exécutif de cet Etat. Une 3ème vague d’attaques et d’attentats contre des édifices publics, des moyens de transport, etc., s’y est en effet déroulée après les deux précédentes de mai et juillet (cf. notes du 18 mai et du 14 juillet sur ce blog). On a également appris qu’un reporter de TV Globo, Guilherme Portanova, avait été enlevé et n’avait dû sa libération qu’à la diffusion par cette même chaîne d’une vidéo lue par un homme cagoulé se réclamant du PCC.  Ces évènements ont été relatés par la presse française, on pourra notamment consulter les articles de Chantal Rayes sur le site de Libe.

 

 

Indiscutablement, le PCC fait l’actualité et démontre en toute occasion qu’il est capable de créer un rapport de force en sa faveur à l’encontre des autorités. Déjà au mois de mai, il ne fait pas de doute que l’arrêt des attentats avait été l’objet d’une négociation avec le gouvernement paulista, malgré les dénégations de ce dernier. Et aujourd’hui, il est significatif que TV Globo cède sans conditions aux exigences de ce syndicat du crime. Vit-on encore dans un pays libre quand les autorités administratives et le media le plus puissant doivent négocier avec un groupe mafieux ? TV Globo a été critiqué pour avoir diffusé cet enregistrement du PCC. Les responsables de la chaîne se sont justifiés, mettant en avant leur responsabilité vis-à-vis de leurs équipes. Globo connaît bien en effet le prix de la vie d’un journaliste. Bien que les circonstances soient totalement différentes, un de ses reporters, Tim Lopes avait été sordidement assassiné en 2002 par les narcotrafiquants du Comando Vermelho alors qu’il enquêtait sur le trafic dans les favelas de Rio. On peut supposer que ce triste précédent a incité Globo à jouer la prudence.

 

 

Cette fameuse vidéo du PCC est un OVNI télévisuel. Après un jingle du style « édition spéciale » et une brève introduction par un journaliste de la chaîne, la voici. Sur un plan formel, c’est presque un gag. L’individu filmé est très mal cadré, la caméra tremble, l’opérateur abuse de zooms inutiles. L’homme, encagoulé, lit son communiqué d’une voix plus ou moins assurée, bref on croirait voir du Groland, l’émission de Canal +. Sur le fond en revanche, le message n’est pas inintéressant. « Nous voulons un système carcéral avec des conditions humaines ... pas un système dans lequel nous souffrons d’innombrables humiliations et maltraitances ». Puis « Le système pénal brésilien est, en réalité, un véritable dépôt humain dans lequel on jette les êtres humains comme si c’était des animaux ». Ou encore « L’Etat démocratique de droit a l’obligation et le devoir de donner un minimum de conditions de survie aux condamnés », et tout à l’avenant pendant trois minutes. Le PCC est habile. En argumentant ainsi, il tente de placer son action sous la bannière des droits de l’homme, on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une œuvre de bienfaisance. Mais il est peu probable que cette pensée « humaniste » trouve preneur auprès d’une opinion publique excédée de voir l’autorité de l’Etat toujours davantage bafouée. Et s’il est préoccupé par les conditions de vie des prisonniers, ce qui est fort possible, le PCC ne l’est également pas moins par celles de ses principaux dirigeants dont il souhaite avant toute chose qu’ils puissent continuer d’organiser leurs affaires depuis leurs lieux de détention – ce qui ne va pas nécessairement de pair avec une totale liberté de mouvement. Or, parmi les raisons expliquant les vagues de violence du PCC figure la possibilité de transfert de son leader Marcola vers un pénitencier de haute sécurité « à l’américaine » (isolement total la quasi-totalité de la journée). 

 

 

Au moment même où se déroulait cette affaire intervenait dans une prison de l’Etat de São Paulo un fait dramatique montrant à quel point le système carcéral brésilien est un bateau ivre. Revenons précisément à Marcola. Il semble que celui-ci ait pris le contrôle du PCC en novembre 2002, en déposant le leader de l’époque, un certain Cesinha. Accusé d’avoir coopéré avec la police et de n’être ni plus ni moins qu’un délateur, ce dernier avait été menacé de mort par la nouvelle direction du PCC. En réaction, Cesinha a créé le TCC (Troisième Commandement de la Capitale), tout cela derrière les barreaux on l’aura compris. S’en est suivie une guerre entre les deux factions notamment au Pénitencier 1 de Sorocaba où plusieurs morts ont été relatées depuis le début de l’année. Cette guerre vient peut-être de trouver une fin de manière expéditive puisque le 13 août, au Pénitencier 1 de Avaré considéré comme de sécurité maximum (la précision se doit d’être notée), Cesinha a été tué, poignardé par un autre détenu avec une arme artisanale.

 

 

Soyons pessimiste, l’emprise du PCC sur l’Etat de São Paulo semble avoir atteint un point de non retour (il est à noter que l’Etat de Rio connaît depuis plusieurs années une situation comparable avec le Comando Vermelho). Ce problème est bien sûr présent dans le discours des présidentiables, mais peut-il en être autrement ? En réalité, au-delà des inévitables postures de fermeté, rien de très sérieux ne semble se dessiner. Les factions criminelles ont des armes à profusion, des fantassins en nombre et maintenant une idéologie en kit. Elles semblent durablement installées dans le paysage.

 

 

 

27.08.2006

Session de rattrapage pour les plagistes d’août

Le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne se déroulera le 1er octobre prochain. Elu en 2002, Lula est candidat à sa réélection, et il doit affronter deux candidats majeurs, Geraldo Alckmin et Heloísa Helena,  ainsi qu’un certain nombre de candidats plus marginaux. Très affaibli par plusieurs scandales financiers ayant affecté son mandat, Lula était dans les cordes fin 2005 et nul ne donnait cher de sa réélection. Mais il a su encaisser et prendre le temps de remonter dans les sondages. Pendant ce temps, contre toute attente, le PSDB, principal parti d’opposition, accordait son investiture à Alckmin, le gouverneur de l’Etat de São Paulo, qui ne semblait pourtant pas le mieux placé d’après les enquêtes d’opinion. Et de fait, malgré ses efforts durant le 1er semestre, sa candidature ne parvient pas à décoller et il conserve début août un déficit d’au moins 20 points sur Lula lequel se trouve ainsi en position de l’emporter dès le 1er tour. C’est finalement Heloísa Helena, la dissidente du PT (le parti de Lula) et considérée comme de la gauche radicale  qui fait l’évènement en effectuant une petite percée dans les sondages en juillet. Mais nous voici en août, la campagne officielle commence à la télévision, c’est réellement maintenant que l’électeur va s’intéresser à un scrutin qui jusqu’à présent concernait essentiellement les commentateurs ...

 

Alckmin, le naufrage suit son cours

Alors qu’il affirmait depuis des semaines qu’il récolterait le fruit de ses efforts à partir du mois d’août, Alckmin a dû déchanter avec les nouveaux sondages qui observent tous une tendance à la baisse. Aujourd’hui, avec 25% d’intentions de vote, son retard atteint quasiment 25 points sur Lula, handicap qui semble difficilement surmontable. Plus grave : on ne perçoit aucune dynamique réelle chez ce candidat sans charisme qui se borne à mettre en avant des qualités auto proclamées de bon gestionnaire. La situation semble à ce point désespérée que plusieurs de ses alliés, eux-mêmes localement en campagne pour les élections de gouverneurs d’Etat, prennent leurs distances avec lui et préfèrent accoler leur image avec celle de ... Lula. Alckmin est aujourd’hui dans une situation très défensive. Car s’il a perdu du terrain, c’est aussi au profit d’Heloísa Helena qui le devancerait dans des collèges électoraux aussi stratégiques que Rio et Bahia. Certes, sur un plan national, celle-ci avec 10-12% d’intentions de vote n’est pas en situation de dépasser l’ex gouverneur de São Paulo, mais semblant portée par un mouvement d’opinion, elle dispense dorénavant ses critiques sur chacun de ses deux adversaires avec l’espoir d’être présente au second tour. Quant à Lula, avec près de 50% d’intentions de vote (soit la majorité absolue si l’on enlève les intentions de vote blanc ou nul), il se porte comme un charme. Jamais président n’aura achevé un mandat avec une telle popularité, l’opinion publique ne semblant pas décidée à le sanctionner pour les différents scandales advenus sous son autorité, mais percevant en revanche les bénéfices immédiats de programmes sociaux comme « Bolsa Familia » ou encore le relèvement significatif du salaire minimum intervenu comme par hasard cette année.

Démocratie télévisuelle

En guise de hors d’œuvre à la campagne officielle, les principaux candidats ont été interrogés sur le plateau du Jornal Nacional de TV Globo. Un moment fort de télévision animé par William Bonner et Fátima Bernardes, le duo qui présente quotidiennement le journal et par ailleurs vrai couple dans la vie. Un double mixte extrêmement efficace, posant sans complaisance des questions sensibles et pertinentes – un exercice de haute voltige auquel on n’est malheureusement pas habitué dans notre pays. Mis sur la défensive, Alckmin et Lula ont d’ailleurs commis des erreurs en fin d’entretien. Alckmin en mélangeant des données importantes sur l’éducation que lui présentait Fátima, Lula en affirmant dans sa phrase de conclusion « la seule chose ayant baissé au Brésil, ce sont les salaires ... euh, je veux dire, l’inflation ». Dans cet exercice de style, Lula ne s’est pas montré à son avantage, il faut dire qu’il a été sur le grill, la quasi totalité de l’entretien ayant été consacrée aux scandales politico-financiers. Alckmin n’a guère été meilleur, se trouvant à la peine dès que Fátima l’a interrogé sur un cas de corruption ayant concerné son propre parti, le PSDB, lequel s’est montré particulièrement discret sur cette affaire.

C’est finalement Heloísa Helena qui présente le cas le plus intéressant. Plusieurs commentateurs brésiliens ont estimé qu’elle est celle qui a le mieux réussi son examen de passage. Sur la forme, ils n’ont pas tort. On a pu voir la sénatrice d’Alagoas très détendue, jamais déstabilisée, se permettant même un invraisemblable « Meu amor » en guise d’introduction à ses réponses. Et c’est bien d’amour qu’il s’agit. Toute de blanc vêtue, elle apparaît prêchant la bonne parole (« Je suis socialiste par conviction ... J’ai appris dans la Bible avant de lire les classiques de l’histoire socialiste et d’être socialiste ») et toutes ses réponses débordent d’amour (« Je veux remercier pour la chaleur, la délicatesse, les fleurs, les baisers que j’ai reçus dans toutes mes visites à travers le Brésil »). Certes, son parti, le P-SOL est souvent présenté comme radical, mais comment pourrait-on craindre quelqu’un qui désamorce tous les problèmes avec tant de bonhomie ?

Fátima : S’agissant de réforme agraire, le programme de votre parti dit qu’il n’existe pas d’issue pour les terres brésiliennes sans expropriation des grandes fazendas, qu’elles soient productives ou non. Vous allez prendre la terre à des propriétaires qui produisent ?

HH : Je ne peux pas, mon amour (sic), puisque la Constitution l’interdit. Un programme de parti traite des objectifs stratégiques du parti. Ça n’a rien à voir avec un programme de gouvernement. Et plus tard :

HH : Un programme de gouvernement ne peut être déconnecté de la législation en vigueur dans le pays. Quel que soit le sujet, que ce soient les questions de relations internationales, d’autodétermination des populations, les problèmes de sécurité, de santé, d’éducation, rien ne peut être fait au-delà de la législation en vigueur dans le pays.

En déconnectant ce qu’elle appelle « programme de gouvernement » des « objectifs stratégiques » (qu’elle fixe « à 30 ou 40 ans ») HH amorce le distinguo entre ce qu’on veut faire et ce qu’on peut faire, entre le souhaitable et le possible. Soit la même démarche conduite par Lula en 2002, et par bien d’autres sous différentes latitudes. Posture révolutionnaire pour séduire les électeurs de gauche, propos rassurants pour attirer la classe moyenne, Heloísa Helena veut ratisser large et dépasser les 5% qu’on lui attribuait en début de campagne pour s’imposer comme une interlocutrice de poids de l’après 1er tour. Mais attention au grand écart...

03.08.2006

Service minimum pendant la période estivale...

Votre blog, du moins son rédacteur, prend des vacances et tentera d'assurer un service minimal à distance ... Até breve !

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