27.09.2006
Deux ou trois choses que je crois savoir à propos d’un fameux dossier
L’entourage de Lula est-il touché ? Réponse oui, un de ses conseillers personnels (répondant à l’invraisemblable nom de Freud Godoy) est mis en cause, et plus généralement plusieurs cadres du PT sont impliqués dans cette affaire d’achat d’un dossier soi disant compromettant pour José Serra, un des adversaires politiques de Lula. Pour Marco Aurélio Mello, Président du Tribunal Supérieur Electoral, l’affaire serait pire que le Watergate !
L’affaire peut-elle aussi être compromettante pour l’opposition ? Ce n’est pas exclu, car le fameux dossier ne se limite peut-être pas aux quelques images distillées qui compromettraient Serra. Mais c’est tout le mystère. Sur certains sites, on a pu lire que le dossier mouillerait pas mal de personnel politique de différents partis qui serait lié au « scandale des sangsues » (surfacturation d’achat d’ambulances avec commissions occultes versées à des parlementaires). En attendant, Serra devrait faire lui-même l’objet de quelques investigations, son successeur comme ministre de la Santé avant l’élection de Lula également.
Que disent les sondages depuis le démarrage de l’affaire ? Ils mettent en évidence une érosion de Lula et une poussée de Alckmin (allié de Serra au sein du PSDB). Il semble apparaître un phénomène de vote utile en faveur de Alckmin qui monterait plus que Lula ne baisse. Alckmin récupérerait ainsi les voix des indécis et des autres candidats. Mais à cette minute pas un seul institut ne se risque à prévoir de façon catégorique une mise en ballottage de Lula dimanche soir. Ça risque donc de se jouer dans un mouchoir de poche.
Comment expliquer un tel scandale alors que Lula planait avec 20 points d’avance dans les sondages ? Une hypothèse est que c’est déjà 2010 qui se joue ! Compte tenu des rapports de force assez complexes entre les différents partis, un Lula trônant sur une confortable réélection aurait souhaité un rapprochement avec quelques opposants présentables dont Serra préférant en quelque sorte préempter lui-même son successeur si d’aventure celui-ci ne devait pas être issu du PT (le parti de Lula). Mais c’était sans tenir compte de quelques ultra du PT qui auraient alors tenté de mouiller Serra dans un scandale. Si tel est le cas, le stratège qui a conçu cette opération ferait bien de se reconvertir.
Que se passera-t-il si Lula est réélu ? La guerre des tranchées va se poursuivre, plusieurs actions juridiques étant intentées contre le chef de l’Etat brésilien. Ce qui veut dire que sitôt élu, Lula risque de devoir se battre pour ne pas être destitué ! Mais dans le camp adverse, les lendemains risquent de ne pas être plus radieux car une défaite face à un candidat en difficulté comme l’est aujourd’hui Lula sonnerait comme un brevet de nanisme politique. Bref, les mois qui viennent pourraient s’avérer troublés, avec à la clé quelques remous possibles pour le Real sur le marché des changes.
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24.09.2006
Tempête autour d’un dossier
Que va-t-il se passer le 1er octobre dans l’isoloir, au moment d’appuyer sur le bouton ? (au Brésil le vote est électronique). Car il est notoire que de nombreux brésiliens considèrent que c’est l’ensemble de la classe politique qui est corrompu et l’affaire ne sera peut-être perçue que comme un scandale de plus. Comment va être considérée l’attitude de Lula qui comme à son habitude a fait sauter quelques fusibles, prétendant qu’il n’était pas au courant du coup tordu ? On a d’ailleurs quelque raison de le croire, car quel aurait été l’intérêt pour lui d’organiser une affaire crapuleuse alors qu’il disposait de 20 points d’avance dans les sondages ? Mais s’il ignore ce qui se passe dans son entourage, mérite-t-il d’être président ? Difficile équation pour le président sortant à qui il faudra beaucoup de brio pour sortir de cet encerclement dialectique. La situation est suffisamment sérieuse pour le Président brésilien pour que celui-ci, qui avait jusqu’à présent délaissé les débats télévisés avec ses adversaires, envisage d’être présent à la dernière confrontation organisée dans les jours qui viennent par TV Globo. Rien ne serait en effet plus mal perçu qu’une chaise vide en plein scandale.
Dans la bourrasque du « dossiêgate », la Fondation Getúlio Vargas publie une étude passée au second plan révélant que pendant les 3 premières années du mandat de Lula, la pauvreté a sensiblement diminué, passant de 28.2 à 22.8% de la population. Un niveau encore inacceptable, mais qui montre le chemin parcouru, d’autant que cette évolution ne s’est pas faite au détriment des équilibres macro économiques. Mais une étude bien dérisoire aujourd’hui à l’heure où le scrutin est devenu un combat de catch.
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21.09.2006
La guerre de tranchées du « dossiêgate »
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20.09.2006
Le scandale de trop pour Lula ?
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17.09.2006
Lula boudé par les femmes
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Les coups bas se multiplient
A l’approche de la dernière ligne droite, c’est de plus en plus dans la boue que se dispute la campagne. Comme c’est régulièrement le cas, certains opposants agitent le chiffon rouge d’une procédure en destitution (impeachment) de Lula s’il est réélu en raison d’une sombre histoire de propagande électorale pro gouvernementale réalisée sur fonds public et distribuée en 2004. Il était temps qu’ils se réveillent.
Dans l’affaire des sangsues (affaire de surfacturation d’ambulances avec versements de commissions occultes à des parlementaires), l’instigateur principal de l’affaire met maintenant en cause plusieurs ténors de l’opposition, dont José Serra, mais là aussi cette dénonciation apparaît des plus suspectes à deux semaines du scrutin et le PSDB (parti de Serra et Alckmin) hurle à la manipulation. Il est temps que tout cela se termine.
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15.09.2006
Un meurtre de plus...
Un meurtre de plus sur São Paulo, mais la victime n’est pas n’importe qui. Ubiratan Guimarães était certes un politicien local en campagne pour sa réélection de député de São Paulo, mais ce n’est pas comme homme politique qu’il laissera son nom. A la tête du bataillon de choc de la Police Militaire, il fut en effet responsable du plus grand massacre de détenus dans une prison brésilienne. C’était en 1992, au pénitencier de Carandiru, en pleine zona norte de São Paulo. Le massacre fut relaté dans le livre Carandiru de Drauzio Varella (Editions de l’Aube pour la France, Companhia das Letras pour le Brésil). Il a été tué dans son propre appartement dimanche 10 septembre.
Le massacre avait largement défrayé la chronique en son temps. Aujourd’hui désaffecté, Carandiru était à l’époque le plus grand pénitencier d’Amérique Latine. Ce 2 octobre 1992 éclate une banale rixe entre deux détenus du Pavillon 9, celui des primo délinquants, très souvent des têtes brûlées. Sans logique apparente, la dispute s’envenime, le feu est mis aux matelas et la situation devient incontrôlable.
Totalement impuissante, l’administration de la prison fait appel au « bataillon de choc » de la Police Militaire. Celle-ci va investir le bâtiment et se livrer à un massacre systématique dans les cellules. Le journaliste de TV Globo, Caco Barcellos, qui visita le bâtiment plusieurs jours après le drame, rapporte : « Les murs [des cellules] montraient une ligne uniforme de trous caractéristiques de rafales de mitraillettes tirées sans l’ombre d’un doute à hauteur des zones vitales, tête et thorax des détenus ». Après le carnage viendra l’humiliation, les survivants étant rassemblés nus dans la cour de l’établissement. Puis, il faudra sortir les cadavres des cellules, la tâche en incombant bien sûr aux détenus eux-mêmes, toujours nus, pataugeant dans des mares de sang dans un établissement où l’épidémie de SIDA faisait rage. On dénombrera 111 morts, dont on ne peut affirmer avec certitude qu’ils ont tous été victimes de la répression policière, tant la confusion et la violence entre prisonniers étaient grands au début de l’émeute. Cependant, des sources officieuses font état de 250 victimes, si l’on ajoute aux décès dûment constatés les blessés hospitalisés qui n’ont jamais réapparu. Côté police militaire, les media font état de 25 blessés plus ou moins graves. Caco Barcellos, qui a mené de nombreuses investigations sur les abus de pouvoir et violences de la police, affirme que parmi les 341 membres du Bataillon de Choc qui ont mené l’opération figurent deux commandants notoirement connus comme faisant partie d’escadrons de la mort, avec chacun plus de 30 homicides à leur actif.
Responsable de cette opération, le colonel Ubiratan Guimarães assumait totalement son action, près de 15 ans après les faits. « En réalité, il n’y eut aucun massacre à Carandiru, ce sont les prisonniers qui ont attaqué et la police a réagi », peut-on lire sur le site web du galonné. Et cet autre aphorisme : « La police n’est pas intervenue à Carandiru pour tuer qui ce soit, elle a simplement accompli son devoir, qui est le maintien de l’ordre ». Ce personnage qui paraît sorti d’une autre époque, bardé de décorations et cavalier émérite (il a même fréquenté l’école de Saumur !), n’effectuera pas un jour derrière les barreaux malgré une action judiciaire sur ce massacre. Il faut dire qu’entre temps, notre homme est devenu un notable en se faisant élire député de l’Etat de São Paulo. En 2001, soit 9 ans après les faits, il sera condamné à 632 années de prison (pour la mort de 102 détenus, ce qui valorise l’homicide à un peu plus de 6 ans de prison). Mais qu’on se rassure, appel sera interjeté. Après 5 nouvelles années d’attente, Ubiratan sera finalement acquitté le 15 février 2006. « Une honte pour le Brésil », ont déploré plusieurs associations de droits de l’homme. « J’ai toujours dit que justice serait faite, a commenté Ubitaran à TV Globo après le verdict. Car nous avons toujours défendu le peuple. » Selon les premières investigations, sa mort ne serait aucunement liée à Carandiru mais à un banal crime passionnel.
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11.09.2006
Et Dieu, dans tout ça ?
Si notre Jacques Chancel national officiait au Brésil, il aurait matière à poser sa question fétiche aux principaux présidentiables. Le Tout Puissant n’est en effet jamais très loin du discours politique. On l’a déjà vu (notre note du 27 Août), les références bibliques sont souvent présentes chez Heloísa Helena alors que selon l’hebdomadaire Época, Alckmin aurait pour sa part des liens avec l’Opus Dei. Mais c’est Lula qui a défrayé la chronique ces derniers jours en se rendant à la pêche aux voix à la Convention Nationale de l’Assemblée de Dieu, une de ces innombrables églises évangélistes qui fleurissent au Brésil. « Nous sommes tous crentes [appellation donnée au Brésil aux fidèles des cultes évangélistes], nous sommes tous brésiliens et nous aimons ce pays que nous voulons toujours plus fort, toujours plus juste, et avec toujours plus de politique sociale. Que Dieu nous bénisse tous » a conclu le Président brésilien dans son discours (homélie ?).
Depuis une vingtaine d’années, les églises évangélistes, pentecôtistes, etc., ont le vent en poupe au Brésil. Elles se nomment Assemblée de Dieu, Eglise Universelle du Royaume de Dieu, Congrégation Chrétienne du Brésil, Dieu est Amour, ..., et ont pignon sur rue avec journaux, émissions TV, librairies, boutiques, et lieux de culte évidemment. Leurs fidèles représenteraient près de 20% de la population, et aucun candidat ne peut les négliger. Pourtant il se dégage souvent un parfum sulfureux autour de ces cultes qui sont devenus des business florissants et ont été à plus d’une reprise au centre de scandales financiers ou fiscaux. C’est ainsi que Gilberto Gil (actuel Ministre de Lula faut-il le rappeler) pouvait chanter en 1998
Il promet un abri au paradis
En comptant que tu paies d’abord
Que tu paies d’abord l’argent
Que tu effectues ton don, et entres au ciel
Emmené par le bon voleur.Il pense faire de l’amour sa profession de foi
Sauf qu’il fait de la foi sa profession.
Cela n’a pas nui au développement de ces églises dans toutes les couches de la société. Au fil des années, on s’est ainsi habitué à voir du personnel politique afficher son appartenance à l’une de ces confessions. Puis, après les politiciens religieux, sont apparus des religieux politiciens, notamment sur Rio où des individus comme Garotinho et Crivella disposent d’un fort soutien populaire. Ils font aujourd’hui partie du paysage politique et probablement pour longtemps. S’il n’est pas étonnant de voir ce type d’évolution dans un pays où de nombreuses personnes ont été déçues par les structures traditionnelles (Eglise Catholique, partis politiques), on peut estimer que le Brésil n’a pas besoin de liaisons dangereuses entre politique et religion pour surmonter sa propre crise morale.
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La campagne tourne au jeu de massacre pour Alckmin, le concurrent de Lula. L’ancien Président Fernando Henrique Cardoso pourtant censé appuyer Alckmin n’a rien trouvé de mieux que de publier une lettre ouverte où il plante allègrement quelques couteaux dans le dos de ses camarades du PSDB. Les exégètes semblent considérer que, anticipant d’ores et déjà une débâcle pour son « ami » Alckmin, Fernando Henrique se place dans la situation d’une probable recomposition politique dans les mois qui viennent, et sentant que personne ne lui demande rien, il ne veut surtout pas être laissé sur la touche et cherche à faire l’intéressant. En français, on dira que Fernando Henrique « se giscardise ».
Pendant ce temps, Lula caracole en tête avec 51% d’intentions de vote, 27% pour Alckmin et 9% pour Heloísa Helena qui enregistre un tassement depuis une quinzaine de jours. La clé de l’élection, mise en évidence par un sondage Datafolha est que pour 48% des sondés, Lula est celui qui défend le plus les pauvres (19% pour Alckmin) alors que a contrario 32% considèrent que Alckmin est celui qui défend le plus les riches (16% pour Lula). Manque de chance pour le challenger de Lula, il y a plus de pauvres que de riches au Brésil.
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05.09.2006
Lula futur roi nu ?
La course des petits chevaux se poursuit. Pas un jour maintenant sans une nouvelle livraison de sondage. Ces derniers jours, on aura pu noter une légère réduction de l’écart entre Lula et Alckmin sans pour autant remettre en cause la domination du Président sortant qui resterait élu au 1er tour. Pour certains, les jeux sont faits, c’est ce que pense l’hebdomadaire IstoÉ qui considère Lula comme « quasi imbattable ». Toutefois on sait que ces dernières années, de nombreux scrutins se sont joués dans les derniers jours si ce n’est dans les derniers instants (Espagne, Allemagne, Italie, sans oublier le 21 avril 2002 en France), et une surprise de dernière heure est toujours possible dans un pays où la valse des scandales politico financiers se poursuit quotidiennement.
La Banque Centrale a donné un petit coup de pouce à Lula en baissant une nouvelle fois son taux de base de 0.50 point, soit plus que ce qui était attendu dans cette période électorale. Ainsi, le prochain Président trouvera le niveau de taux le plus bas depuis de très longues années, tout en disposant encore d’un potentiel de baisse, des conditions théoriquement appropriées pour un développement pérenne de l’économie.
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Dans les Etats (élections aux postes de Gouverneurs), l’électroencéphalogramme des sondages est tout aussi plat et ne détecte pas de mouvement d’opinion par rapport aux dernières enquêtes. Selon celles-ci, le PT va probablement se retrouver avec peu de gouverneurs, peut-être trois et encore dans des Etats sans réelle valeur stratégique. C’est le PMDB, malgré une situation interne singulière, qui semble devoir tirer le mieux son épingle du jeu en étant favori dans 9 Etats, dont tout le sud du pays. Le PMDB est un parti divisé entre partisans et opposants de Lula, sans oublier que certains caciques locaux ne répondent à aucune discipline de parti. Côté opposition, on s’en tirerait assez bien avec 6 Etats pour le PSDB, le parti de Alckmin (dont São Paulo et le Minas Gerais) et 4 pour le PFL dont Bahia et le District Fédéral (Brasilia). Bref, quand on ajoute que de nombreux analystes prévoient un PT fortement minoritaire au prochain Congrès, Lula sera peut-être le 1er octobre un roi réélu mais nu.
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Quiconque a voyagé par la route au Brésil a pu noter l’état invraisemblable du réseau routier parsemé d’énormes nids de poule (des nids d’autruche serait-on tenter de dire !). Problème il est vrai peu glamour, les infrastructures sont un défi pour les prochaines années et le seront encore davantage si le Brésil parvient à trouver un rythme de croissance plus en conformité avec son potentiel. Routes, centrales électriques, infrastructures portuaires, lignes de metro ..., les besoins sont partout. Selon IstoÉ, le coût des 100 grands travaux à réaliser serait de 400 milliards de R$ (145 milliards d’Euros !), dont 40 milliards de R$ pour 19 chantiers qui relèveraient de l’urgence absolue. Nul ne semble douter de ce diagnostic, mais la question est : qui paiera ? Avec bien sûr en toile de fond du débat l’éternelle dichotomie privé/public, Alckmin étant partisan du privé en bon libéral, quant à Lula, s’il a une préférence pour le public, il risquera fort de s’adapter aux circonstances en bon pragmatique...
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