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01.10.2006

C’est aujourd’hui le 1er tour !

Trois candidats posant des questions à une chaise vide sur laquelle est marquée « Lula », telle est l’image grotesque du dernier débat télévisé auquel le Président brésilien a finalement choisi de ne pas participer. Une stratégie risquée qui a laissé le champ libre aux critiques de ses adversaires, une stratégie qui renforcera peut-être également dans leur conviction les partisans de Lula qu’il fallait éviter « une arène de grossièretés et d’agressions » proférées par « des adversaires laissant au second plan le débat de propositions et d’idées pour se dédier quasi exclusivement aux attaques gratuites et aux agressions personnelles »,  selon les termes même du chef de l’Etat dans une missive envoyée à TV Globo pour expliquer son absence sur le plateau.

 

 

Le dernier jour de campagne est éclipsé par la catastrophe du vol 1907 de la Gol qui s’est écrasé dans la forêt amazonienne. Les dés sont jetés et Lula reste le favori pour de nombreux observateurs. Mais souvenons-nous que dans plusieurs pays développés, des surprises de dernière heure sont survenues ces dernières années. Il faudra attendre dimanche soir au Brésil (soit dans la nuit en France) pour avoir des indications sérieuses sur le résultat et en tout état de cause les résultats définitifs seront connus chez nous lundi en fin de matinée.

 

 

Porteur d’espoir en 2002, Lula a déçu là où on ne l’attendait pas. Une autre politique est possible, pensait-on à l’époque en espérant qu’à défaut de changer des règles économiques auxquelles il s’est facilement adapté, Lula l’ouvrier créerait au moins une autre gouvernance. Sur ce plan c’est raté, de nombreux media brésiliens considèrent même qu’on a régressé par rapport à l’ère de Fernando Henrique Cardoso, pourtant elle aussi riche en affaires peu flatteuses. Oui, on ne peut qu’être sensible à la dimension d’un homme simple qui a accédé à la plus haute fonction de son pays. Il a connu la faim, l’ « immigration intérieure » (comme des millions de personnes, sa famille a dû fuir la pauvreté du Nordeste), la dureté du travail où un accident l’a amputé d’un doigt. Il y a quelques semaines, pendant un bain de foule, un homme s’est précipité sur lui exhibant également un doigt amputé, montrant ainsi à quel point ses partisans le considèrent toujours comme l’un des leurs. Popularité, mais qui peut virer au populisme dans des discours s’attaquant « aux élites » quand ce n’est pas purement et simplement aux habitants de tel ou tel quartier favorisé, trop faciles cibles de tribune...

 

 

Pour son éventuel second mandat, Lula prétend faire des réformes institutionnelles et moderniser la vie politique. Il est vrai qu’avec 17 partis représentés au Congrès, des parlementaires qui n’hésitent pas à changer d’appartenance politique en cours de mandat, la politique brésilienne est une caricature de IV° République française. Mais comment peut-on imaginer l’opposition laisser les mains libres à Lula pour faire des réformes alors qu’une partie d’entre elle souhaite déjà le voir destitué avant même qu’il ne soit réélu. Tout dépendra des rapports de force qui naîtront ce mois d’octobre avec l’ensemble des résultats électoraux.

 

 

L’opposition veut s’efforcer de croire que les évènements des derniers jours vont finalement donner lieu à un second tour au cours duquel tout deviendrait possible. Mais cette opposition serait KO en cas de défaite dès ce dimanche, une défaite qui serait avant tout celle de Alckmin qui même dans son propre camp a éprouvé des difficultés à convaincre. Alckmin et son physique de technocrate, ayant une réponse formatée quel que soit le sujet ... Alckmin qui, contrairement à Lula, éprouverait probablement les plus grandes difficultés à faire entendre la voix du Brésil sur la scène mondiale tant on trouve par dizaines des personnalités telles que la sienne. On a vraiment du mal à le voir dans des habits de président.

 

 

Reste Heloísa Helena qui pendant un temps aura animé la campagne au point de pouvoir ravir à Alckmin le rôle de challenger principale de Lula. Tout en campant sur ses positions idéologiques très marquées à gauche, elle aura perdu l’image sectaire qui semblait lui coller à la peau. Elle sera vraisemblablement victime du vote utile, mais aura acquis une notoriété qui devrait lui être utile pour les quatre années qui viennent. Comme Lula, elle ne manque pas une occasion de mettre en évidence ses origines modestes mais en ajoutant que pour ce qui la concerne, elle n’a pas trahi ...

 

 

Cette campagne aura enfin révélé au monde entier la force du crime organisé qui s’est imposé définitivement comme le cinquième pouvoir au Brésil. Il a forcé les autorités de São Paulo à négocier au mois de mai pour mettre un terme à la vague de violences qui a tué plusieurs dizaines de personnes (c’est un secret de polichinelle), il a obligé TV Globo à diffuser une vidéo de soutien en échange de la libération d’un de ses reporters retenu en otage ... Bref, les groupes mafieux tels le PCC (Primeiro Comando da Capital) sur São Paulo ou le Comando Vermelho sur Rio disposent aujourd’hui d’un pouvoir qui semble sans limite. On n’a pas noté de réponse convaincante sur ce sujet chez les principaux candidats.

 

 

 

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