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30.10.2006

Lula, la victoire à 61%

Au pays du gigantisme, les chiffres donnent le vertige. Elu avec 60.8% des voix, Lula a recueilli 58 millions de votes, creusant un écart de près de 21 millions de suffrages par rapport à Alckmin. Le second tour aura accentué les disparités géographiques du premier. La région Nord a voté à plus de 65% pour Lula mais c’est dans son fief du Nordeste où il donne une véritable fessée à son adversaire avec un score de 77% (plus de 13 millions de voix d’écart). Pour les nordestins, l’élection s’est bien résumée à une opposition entre les « élites » du Sud (principalement paulistas) vs. Lula le père des pauvres, fils le plus connu du Nordeste. Voter pour Alckmin à Bahia ou dans le Pernambuco ne pouvait donc relever que d’un exercice de masochisme. Par rapport au 1er tour, Lula a également su inverser la tendance dans les régions Centre Ouest (52%) et Sud Est (57%) où il avait pourtant été distancé par le candidat du PSDB le 1er octobre. Finalement celui-ci ne l’aura emporté que dans la région Sud avec 53% des voix. La soirée a également réservé de bonnes nouvelles pour le Président brésilien avec l’élection des gouverneurs d’Etat. Certes son parti le Parti des Travailleurs ne compte que 5 gouverneurs élus sur 27 (dont 4 étaient déjà connus dès le 1er tour). Mais ce score est le plus élevé jamais enregistré par le PT et il était inattendu il y a 2 mois quand les enquêtes le créditaient uniquement 2 voire 3 Etats (cf. notre note du 5 septembre). Plus important pour Lula, on sait qu’il pourra compter sur l’appui de nombreux gouverneurs par les jeux d’alliances, soit nationales soit locales ce qui constitue une nouveauté par rapport à 2002, l’exemple le plus pittoresque étant celui du Maranhão où les deux candidats apportaient leur soutien au Président brésilien alors que leur formation politique fait partie de l’opposition au plan national. Finalement, Lula peut aujourd’hui s’appuyer sur 16 gouverneurs (sur 27) lesquels devraient donner un coup de pouce au prochain gouvernement de par leur influence auprès des parlementaires de leurs Etats siégeant à Brasilia. Dans un paysage toujours très atomisé, la politique politicienne va rapidement reprendre son cours avec un parti très convoité, le PMDB (plus ou moins centriste) qui avec un nombre important de gouverneurs et d’élus à Brasilia constitue un faiseur de majorité. On peut penser qu’aujourd’hui ce parti est prêt à se laisser séduire par un bout de chemin gouvernemental avec le PT.

 

Comme tout soir de triomphe, le vainqueur porté par l’euphorie a prononcé des phrases d’espoir et d’ouverture. « Jusqu’au mois de décembre [fin du présent mandat], je vais converser avec toutes les forces politiques du pays sans veto envers qui que ce soit ». « Les partis politiques ont besoin de se renforcer et pour cela nous allons discuter dès le début du mandat de la réforme politique dont le Brésil a tant besoin ». « Maintenant, il n’y a plus d’adversaire. L’adversaire, ce sont les injustices sociales. Et tout le monde doit s’unir pour faire croître le Brésil ». « Vous pouvez en prendre bonne note. Il y aura plus de crédit, il y aura plus de revenus, le salaire minimum va de nouveau croître. Nous avons démontré que quand le peuple a un peu d’argent, il commence à acheter, le commerce commence à vendre, l’industrie commence à produire ». Paroles optimistes qui n’ont pas convaincu dans les rangs de l’opposition dont un représentant a annoncé qu’elle serait « trois fois plus sévère que ce quelle a été lors du premier mandat ». Mais c’est sur le PSDB (le parti de Alckmin) et son allié le PFL que va être mise la pression dans les prochaines semaines. Ils ne peuvent donner l’impression de jouer l’obstruction systématique, mais ayant surexploité les scandales en cours (dont le processus judiciaire se poursuit) ils se doivent également d’être fidèles à leur ligne de fermeté. Difficile numéro d’équilibrisme dont elle ne sortira peut-être pas intacte. Tous les regards se tournent déjà vers les gouverneurs PSDB de deux des états les plus puissants José Serra (São Paulo) et Aécio Neves (Minas Gerais) très probables présidentiables pour 2010 et qui de ce fait ont tout intérêt à polir une image d’hommes de dialogue. Côté PT, il y aura aussi du renouvellement pour tourner la page. Tout un symbole, Zé Dirceu l’âme damnée des scandales du 1er mandat (c’est du moins ainsi qu’on le présente) a été accueilli sous les cris de « voleur » « bandit » ou autre « Judas » hier dimanche lorsqu’il est allé voter dans son quartier de São Paulo. Quelques noms à retenir pour les prochaines années dans l’entourage de Lula ? Dilma Rousseff et Tarso Genro, déjà dans le staff présidentiel où ils semblent donner toute satisfaction, Jacques Wagner l'ex syndicaliste élu gouverneur de Bahia dans un scrutin où il a déjoué tous les pronostics, Marta Suplicy qui semble avoir digéré sa défaite de 2004 à la mairie de São Paulo, Ciro Gomes (membre du Parti Socialiste et allié incontournable dans le Nordeste), Fernando Pimentel le maire de Belo Horizonte qui a pour lui d’être un homme neuf. Il est mineiro comme Aécio Neves, et qui sait si après avoir longuement séjourné à São Paulo, le centre de gravité de la vie politique brésilienne ne va pas migrer sur Belo Horizonte dans quelques années ?

La presse brésilienne n’en rajoute pas dans le triomphe de Lula. Bien sûr celui fait la une de tous les titres mais de manière factuelle :

Lula est réélu, il promet la croissance et demande l’union (Folha de São Paulo)

Lula promet l’ouverture pour son second mandat avec une réforme politique (Estado de São Paulo)

Lula réélu, le gouvernement parle maintenant de la « fin de l’ère Palocci » (O Globo) - référence à l’ancien ministre des Finances symbole de la politique d’orthodoxie monétaire -

Lula promet le Premier Monde (Jornal do Brasil) - référence aux déclarations de Lula promettant de faire passer le pays de sa condition de pays émergent à celle de nation développée -

L’espérance renouvelée avec 58 millions de voix (Correio Braziliense) – unique référence à « l’espérance » qui marquait la victoire de 2002. Le second mandat s’annonce comme pragmatique...

 

Commentaires

Salut,
Heureusement que tu m'a appris la victoire de Lula, parce que j'ai eu l'impression qu'on n'en parlait pas. Il est vrai que j'étais à Venise pendant une semaine...
À +,

JP

Ecrit par : JP | 07.11.2006

Les commentaires sont fermés.

 
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