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30.10.2006

Lula, la victoire à 61%

Au pays du gigantisme, les chiffres donnent le vertige. Elu avec 60.8% des voix, Lula a recueilli 58 millions de votes, creusant un écart de près de 21 millions de suffrages par rapport à Alckmin. Le second tour aura accentué les disparités géographiques du premier. La région Nord a voté à plus de 65% pour Lula mais c’est dans son fief du Nordeste où il donne une véritable fessée à son adversaire avec un score de 77% (plus de 13 millions de voix d’écart). Pour les nordestins, l’élection s’est bien résumée à une opposition entre les « élites » du Sud (principalement paulistas) vs. Lula le père des pauvres, fils le plus connu du Nordeste. Voter pour Alckmin à Bahia ou dans le Pernambuco ne pouvait donc relever que d’un exercice de masochisme. Par rapport au 1er tour, Lula a également su inverser la tendance dans les régions Centre Ouest (52%) et Sud Est (57%) où il avait pourtant été distancé par le candidat du PSDB le 1er octobre. Finalement celui-ci ne l’aura emporté que dans la région Sud avec 53% des voix. La soirée a également réservé de bonnes nouvelles pour le Président brésilien avec l’élection des gouverneurs d’Etat. Certes son parti le Parti des Travailleurs ne compte que 5 gouverneurs élus sur 27 (dont 4 étaient déjà connus dès le 1er tour). Mais ce score est le plus élevé jamais enregistré par le PT et il était inattendu il y a 2 mois quand les enquêtes le créditaient uniquement 2 voire 3 Etats (cf. notre note du 5 septembre). Plus important pour Lula, on sait qu’il pourra compter sur l’appui de nombreux gouverneurs par les jeux d’alliances, soit nationales soit locales ce qui constitue une nouveauté par rapport à 2002, l’exemple le plus pittoresque étant celui du Maranhão où les deux candidats apportaient leur soutien au Président brésilien alors que leur formation politique fait partie de l’opposition au plan national. Finalement, Lula peut aujourd’hui s’appuyer sur 16 gouverneurs (sur 27) lesquels devraient donner un coup de pouce au prochain gouvernement de par leur influence auprès des parlementaires de leurs Etats siégeant à Brasilia. Dans un paysage toujours très atomisé, la politique politicienne va rapidement reprendre son cours avec un parti très convoité, le PMDB (plus ou moins centriste) qui avec un nombre important de gouverneurs et d’élus à Brasilia constitue un faiseur de majorité. On peut penser qu’aujourd’hui ce parti est prêt à se laisser séduire par un bout de chemin gouvernemental avec le PT.

 

Comme tout soir de triomphe, le vainqueur porté par l’euphorie a prononcé des phrases d’espoir et d’ouverture. « Jusqu’au mois de décembre [fin du présent mandat], je vais converser avec toutes les forces politiques du pays sans veto envers qui que ce soit ». « Les partis politiques ont besoin de se renforcer et pour cela nous allons discuter dès le début du mandat de la réforme politique dont le Brésil a tant besoin ». « Maintenant, il n’y a plus d’adversaire. L’adversaire, ce sont les injustices sociales. Et tout le monde doit s’unir pour faire croître le Brésil ». « Vous pouvez en prendre bonne note. Il y aura plus de crédit, il y aura plus de revenus, le salaire minimum va de nouveau croître. Nous avons démontré que quand le peuple a un peu d’argent, il commence à acheter, le commerce commence à vendre, l’industrie commence à produire ». Paroles optimistes qui n’ont pas convaincu dans les rangs de l’opposition dont un représentant a annoncé qu’elle serait « trois fois plus sévère que ce quelle a été lors du premier mandat ». Mais c’est sur le PSDB (le parti de Alckmin) et son allié le PFL que va être mise la pression dans les prochaines semaines. Ils ne peuvent donner l’impression de jouer l’obstruction systématique, mais ayant surexploité les scandales en cours (dont le processus judiciaire se poursuit) ils se doivent également d’être fidèles à leur ligne de fermeté. Difficile numéro d’équilibrisme dont elle ne sortira peut-être pas intacte. Tous les regards se tournent déjà vers les gouverneurs PSDB de deux des états les plus puissants José Serra (São Paulo) et Aécio Neves (Minas Gerais) très probables présidentiables pour 2010 et qui de ce fait ont tout intérêt à polir une image d’hommes de dialogue. Côté PT, il y aura aussi du renouvellement pour tourner la page. Tout un symbole, Zé Dirceu l’âme damnée des scandales du 1er mandat (c’est du moins ainsi qu’on le présente) a été accueilli sous les cris de « voleur » « bandit » ou autre « Judas » hier dimanche lorsqu’il est allé voter dans son quartier de São Paulo. Quelques noms à retenir pour les prochaines années dans l’entourage de Lula ? Dilma Rousseff et Tarso Genro, déjà dans le staff présidentiel où ils semblent donner toute satisfaction, Jacques Wagner l'ex syndicaliste élu gouverneur de Bahia dans un scrutin où il a déjoué tous les pronostics, Marta Suplicy qui semble avoir digéré sa défaite de 2004 à la mairie de São Paulo, Ciro Gomes (membre du Parti Socialiste et allié incontournable dans le Nordeste), Fernando Pimentel le maire de Belo Horizonte qui a pour lui d’être un homme neuf. Il est mineiro comme Aécio Neves, et qui sait si après avoir longuement séjourné à São Paulo, le centre de gravité de la vie politique brésilienne ne va pas migrer sur Belo Horizonte dans quelques années ?

La presse brésilienne n’en rajoute pas dans le triomphe de Lula. Bien sûr celui fait la une de tous les titres mais de manière factuelle :

Lula est réélu, il promet la croissance et demande l’union (Folha de São Paulo)

Lula promet l’ouverture pour son second mandat avec une réforme politique (Estado de São Paulo)

Lula réélu, le gouvernement parle maintenant de la « fin de l’ère Palocci » (O Globo) - référence à l’ancien ministre des Finances symbole de la politique d’orthodoxie monétaire -

Lula promet le Premier Monde (Jornal do Brasil) - référence aux déclarations de Lula promettant de faire passer le pays de sa condition de pays émergent à celle de nation développée -

L’espérance renouvelée avec 58 millions de voix (Correio Braziliense) – unique référence à « l’espérance » qui marquait la victoire de 2002. Le second mandat s’annonce comme pragmatique...

 

29.10.2006

Lula pratiquement réélu

Alors que 86% des voix ont été décomptées, Lula arrive comme prévu largement en tête avec 60.4% des voix contre 39.6% pour Alckmin. L’écart est actuellement de plus de 17 millions de voix alors qu’il en reste 18 millions à dépouiller. Conclusion, Lula est virtuellement élu.

 

Lula en route pour la gloire ?

On vote ce dimanche, et tout laisse à penser que Lula va se succéder comme chef de l’Etat brésilien. Certes Alckmin prétend sentir le vent du retournement de situation mais il est bien le seul, comment pourrait-il remonter 20 points de handicap en quelques heures ? La campagne s’est résumée à un choix pour ou contre Lula, on n’a réciproquement pas eu connaissance d’un seul électeur se posant la question de voter pour ou contre Alckmin. Une querelle d’hommes d’autant plus exacerbée que leurs programmes semblent très proches. Mais il faut bien trouver une manière de se différencier. Sur un plan économique l’un comme l’autre candidat s’appuyant sur la stabilité monétaire poursuivra la politique de baisse de taux pour redynamiser la croissance, augmenter ainsi le rythme de création d’emplois et faire rentrer davantage de recettes fiscales. Sur le papier, Alckmin est bien sûr plus libéral que Lula, mais ce n’est pas un idéologue et il ne semble pas prêt à mourir  pour des dogmes comme par exemple celui de l’autonomie de la Banque Centrale. C’est en revanche sur le plan de la politique extérieure que les différences les plus marquantes ont été notées, Lula restant partisan des alliances Sud-Sud et Alckmin souhaitant classiquement se rapprocher (traduire : se placer dans l’ombre portée) des USA et de l’Union Européenne, mais qui s’en soucie ? La campagne a été violente, on n’est pas habitué sous nos latitudes à comparer la propagande de ses adversaires politiques à celle du Docteur Goebbels, comme ce fut le cas ici de part et d’autre. La bataille fut au dessous de la ceinture comme en témoigne le tristement célèbre scandale du dossiê et ses ramifications de toutes sortes où l’on ne sait plus qui manipule qui. Lula n’a eu de cesse ces dernières semaines de critiquer « les élites » qui « depuis Cabral » (soit ni plus ni moins que la découverte du Brésil en 1500) n’ont cessé de gouverner contre le peuple. Populisme facile, mais a contrario certaines attaques contre le Président brésilien ont été lamentables tels ces auto collants apparus ces derniers jours ironisant sur une supposée propension à la boisson de la part du chef de l’Etat (attaque récurrente) ou, encore pire, moquant son infirmité à la main gauche. Il faudra bien après l’élection recréer des ponts entre les deux bords, certains ont d’ailleurs pris soin de ne pas trop s’enfoncer dans la boue. Dans ses rêves les plus dorés, Lula est réélu confortablement, il crée les conditions d’une croissance économique soutenue, et avec l’aide de quelques opposants éclairés il réussit les réformes institutionnelles permettant de rendre le pays plus gouvernable qu’il ne l’est aujourd’hui. Rendant le pouvoir début 2011, il entre dans l’histoire. Dans une version plus sombre, la guerre civile avec le PSDB se poursuit et le Brésil fait du surplace. Débuts de réponse dès ce soir et dans les prochaines semaines.

 

28.10.2006

Fin de campagne anémiée (et non animée)

On attendait un suspens au couteau pour le second tour et finalement ... rien. Après les quelques jours d’incertitude post  premier tour, les sondages ont repris leur cours pour donner à nouveau un avantage considérable à Lula. La faute à une agressivité déplacée de Alckmin lors du premier débat télévisé et à une stratégie de campagne exclusivement basée sur l’exploitation du scandale du dossiêgate. Mais à l’ère du court terme médiatique, un scandale tient difficilement plus de 15 jours le haut de l’affiche, et tout semble être rentré dans l’ordre ... jusqu’au prochain rebondissement. Malheureusement pour Alckmin, celui-ci n’interviendra probablement pas avant le scrutin de dimanche. Preuve du fatalisme qui s’est abattu sur le PSDB (le parti de Alckmin), la semaine a surtout été l’occasion pour ce parti de se déchirer sur ... l’attitude à adopter lorsque Lula aura été réélu : opposition civilisée ? obstruction systématique ? collaboration sur certains sujets d’intérêt national ? Tout dépendra du rapport de force dimanche soir et des suites judiciaires des scandales en cours.

 

***

A l’heure où en France les militants du PS se déchirent sur la démocratie participative (dont on rappelle qu’elle est née au Brésil) on ne peut qu’être perplexe sur la démocratie représentative au Brésil, du moins à la lecture d’un récent article de l’édition électronique de la Folha. Ce journal a en effet étudié le patrimoine déclaré des 513 députés de la nouvelle Chambre élue le 1er octobre. Il ressort que le patrimoine moyen d’un député est de 2.5 Millions de R$ (un peu moins d’1 M€) soit pas moins que 392 années de travail pour le Brésilien moyen. Par souci d’honnêteté intellectuelle, il convient de remarquer que cette moyenne de 2.5 MR$ est fortement tirée vers le haut par quelques cas exceptionnels, tel le député Camilo Cola qui du haut de ses 83 ans déclare un patrimoine de 259 Millions de R$ (100 M€ soit 400 siècles de travail pour l’homme de la rue). Sans surprise une majorité de députés millionnaires en R$ provient du Sud Est, principalement de São Paulo. Le milliardaire paulista siégeant pour compte du paysan nordestin ? Ca sonne comme un film de Capra mais on peut en douter.

21.10.2006

De l’usage la peur en période électorale

« L’espérance a vaincu la peur ». On se souvient des mots prononcés par Lula le soir de son élection en 2002. Car il avait bien été question de peur pendant cette campagne. Dès le mois de mai, soit près de 6 mois avant l’élection, la persistance de sondages donnant une confortable avance au candidat du PT avait amené plusieurs banques d’affaires américaines et européennes à déconseiller à leurs clients d’acheter des titres brésiliens. S’en était suivie une forte crise de change qui avait vu le Real perdre 50% de sa valeur et Lula hériter d’un pays exsangue financièrement. Nous ne sommes plus en 2002 et Lula ne fait plus peur à personne. Mais, ébranlé par son semi échec du 1er tour, c’est bien lui qui a choisi pour ce scrutin d’agiter le chiffon de la peur pour assurer sa réélection. « Choc de gestion » promet Alckmin histoire de se positionner comme un « gestionnaire » face au « dépensier » Lula. Choc de gestion = privatisation des bijoux de la couronne (Petrobras, Banco do Brasil) et coupes dans les programmes sociaux, martèle depuis le soir du 1er tour la propagande lulesque. Pure construction intellectuelle qui n’est pas étayée par le programme de Alckmin. Mais qui semble donner des résultats. 60% d’intentions de vote pour le président sortant contre 40% pour son rival à une grande semaine du vote, le break semble fait. Mais la victoire de Lula si elle se confirme sera davantage celle de la résignation que de l’espérance.

12.10.2006

Alckmin, le cave se rebiffe

Interrogé il y a peu par France Culture pour l’émission « Travaux Publics », le politologue Olivier Dabène, un des meilleurs connaisseurs du Brésil en France, rappelait que lorsqu’il a été investi par son parti le PSDB pour concourir à l’élection présidentielle, Geraldo Alckmin n’était pas le meilleur candidat possible et qu’il apparaissait plutôt comme quelqu’un « qu’on voulait griller ». Décision que l’on pouvait analyser comme le choix du PSDB de faire l’impasse sur 2006 pour mieux rebondir en 2010. Après le résultat inespéré du 1er tour qui l’a vu mettre Lula en ballottage,  Alckmin semble métamorphosé et fait feu de tout bois, nous jouant un remake brésilien du Cave se Rebiffe (bien que son apparence physique le fasse davantage ressembler à Alain Juppé qu’à Maurice Biraud, tous deux grands génies comiques français). Lors du 1er débat de l’entre deux tours dimanche 8 octobre sur TV Band, Lula s’est en effet immédiatement retrouvé assiégé par son challenger sur la question de l’origine des fameux 1.7 Millions de R$ (un peu plus de 600 000 €) du dossiêgate (tentative d’achat par des hommes de main du PT d’un dossier supposé compromettant pour José Serra, l’un des ténors de l’opposition). De l’avis de l’ensemble des observateurs, Alckmin est sorti vainqueur du combat, pardon du débat, impression confortée par les sondages en ligne de la Folha, O Estado et O Globo – qui  n’ont pas de valeur scientifique – Mais patatras, après deux jours d’euphorie, c’est la douche froide pour l’état major de campagne de l’ancien gouverneur de São Paulo. Selon un sondage Datafolha post débat, c’est bien Lula qui aurait poussé son avantage avec maintenant un rapport de force de 56% à 44% (contre 54-46 la semaine dernière). Certes, comme le clame aujourd’hui Alckmin, les sondages se trompent. Mais si leurs résultats en valeur absolue sont assortis d’une marge d’erreur (plus ou moins 2 points dans ce cas), les tendances qu’ils détectent sont rarement erronées comme on a pu le voir avant le 1er tour où l’avantage de Lula diminuait de jour en jour. Les oscillations mesurées par Datafolha semblent avant tout révéler les limites d’une stratégie de campagne uniquement basée sur l’exploitation d’un scandale qui s’émousse, et qui pourrait même faire passer Lula pour victime d’un acharnement médiatique. Alckmin doit-il compter sur un nième rebondissement de l’affaire pour reconquérir des électeurs et reprendre espoir ? Si une élection présidentielle se résume à cette question, c’est évidemment un peu court. Pour le débat d’idées, il faudra sûrement repasser dans 4 ans.

 

07.10.2006

Léger avantage pour Lula à la reprise du match

54% contre 46 en faveur de Lula, c’est le résultat du premier sondage d’après 1er tour, effectué par Datafolha. Compte tenu d’une marge d’erreur de 2 points en plus ou en moins, le rapport de force reste assez cohérent avec ce que l’on pouvait attendre (cf. notre note du 04.10). Comme annoncé, les électeurs de Heloísa Helena manifestent pour l’instant une intention majoritaire de voter Alckmin, en revanche ceux de Cristovam Buarque sont plus divisés. A noter également 4% d’indécis qui vont être l’objet de toutes les convoitises dans les prochains jours. Un nouveau rendez-vous est pris avec l’opinion publique ce dimanche soir, à l’occasion du premier débat télévisé d’entre deux tours, sur TV Bandeirantes. On nous annonce un Lula sûr de lui (de Lui ?) bien décidé à « tuer le match » très rapidement. Sur la question éthique, il semble décidé à jouer l’offensive en expliquant que si de si nombreux scandales ont éclaté sous son mandat, c’est parce que contrairement à ses prédécesseurs, il n’a pas cherché à les étouffer et a laissé la justice suivre son cours.

 

 

La semaine s’est écoulée au rythme des ralliements pour l’un ou l’autre des deux candidats. Certains sont particulièrement indignes. Lula a reçu l’appui de Maluf, ex maire de São Paulo qui a passé il y a quelques temps 2 mois préventifs sous les verrous pour être soupçonné d’avoir détourné à son profit plusieurs centaines de millions de dollars. Plus lamentable encore le soutien de Fernando Collor de Mello à l’actuel Président brésilien. Oui, Collor, l’ancien Président destitué pour corruption, qui est revenu en politique et a été élu Sénateur d’Alagoas. En guise de remerciements, Lula a salué ce retour en affirmant que Collor pourrait faire un travail « exceptionnel » au Sénat. Mais qu’on se rassure, ce n’est pas mieux de l’autre côté. On a ainsi appris le soutien public de Roberto Jefferson, l’homme qui a symbolisé par-dessus tout le scandale du mensalão en 2005. S’estimant lâché par Lula, il a décidé d’aller à la soupe dans le camp adverse. Mais la cerise sur le gâteau pour Alckmin a été le ralliement du couple Garotinho. Garotinho, le populiste, le télévangéliste, qui a mangé dans toutes les écuelles de la politique brésilienne puisque après avoir connu 3 ou 4 partis dans sa carrière, il avait soutenu Heloísa Helena au premier tour pour maintenant choisir Alckmin. Certes, on n’est pas responsable de ses soutiens mais dans le cas présent, Heloísa Helena avait ostensiblement pris une certaine distance, alors que Alckmin que certains appellent déjà le Forrest Gump brésilien était tout sourire devant les caméras aux côtés du couple infernal.

 

04.10.2006

Jours d’après élection

Les journées d’après élection, c’est un peu comme après un match important. Les images s’accumulent, les conversations se croisent, on essaye de se rappeler les moments forts et les enseignements à tirer pour le prochain match – en l’occurrence la finale qui se jouera le 29 octobre – Quelles infos se dégagent à cette heure ?

 

 

Bataille au couteau

 

Alckmin et Lula, les deux prétendants à la victoire finale à la Présidence sont déjà à la recherche d’appuis de second tour. Plusieurs ralliements individuels ont déjà été notés, mais le magot convoité des deux côtés, c’est le potentiel que représentent les 6.5 millions de voix de Heloísa Helena et les 2.5 millions de voix de Cristovam Buarque. Concernant la première, elle a choisi la neutralité. « Ce serait rompre avec 12 ans d’histoire et de confrontation politique avec le projet neo liberal du PSDB [Alckmin] et contre le gang partisan qu’est devenu le gouvernement Lula. Nos électeurs sont des femmes et des hommes libres. Ils n’ont pas besoin de nos consignes pour choisir pour qui voter » a-t-elle déclaré dans la variante brésilienne de notre « blanc bonnet, bonnet blanc » [cette allusion à la présidentielle française de 69 sera-t-elle comprise par nos plus jeunes lecteurs ?]. La version électronique de la Folha mentionne un sondage Datafolha effectué avant le 1er tour auprès des électeurs de Heloísa Helena, Cristovam Buarque ainsi que tous ceux qui déclaraient voter blanc ou nul. Selon cette enquête, si une majorité d’entre ces électeurs avaient une assez nette préférence pour Alckmin en cas de second tour, le potentiel de voix ainsi représenté ne suffirait pas au candidat du PSDB pour battre Lula (on serait en gros dans un rapport de force de 52/48 pour le Président sortant). Mais c’était avant dimanche, et aujourd’hui la dynamique est clairement du côté de Alckmin. Tout annonce donc une bataille au couteau pendant 4 semaines qui va finalement se résumer en une question : pour ou contre Lula ?

 

 

Pays divisé

 

L’élection de dimanche a montré un pays plus divisé qu’on ne le croyait avec une nette différenciation nord-sud. Lula est dominateur dans les régions Nord et Nord Est, alors que Alckmin vire en tête dans les régions Centre Ouest, Sud Est et Sud. Si Lula doit être réélu, ce sera vraiment avec les voix des nordestins qui lui ont lui ont apporté 66% des suffrages, score qui atteint plus de 70% dans des états comme le Ceará (Fortaleza) ou le Pernambuco (Recife). Cette fracture géographique, qui recouvre bien sûr une véritable fracture sociale, n’est pas une bonne nouvelle pour le Brésil. Le président élu, quel qu’il soit, devra compter avec la méfiance pour ne pas dire l’hostilité d’une partie de l’électorat « d’en face ».

 

 

Un Congrès toujours ingouvernable

 

On a pu le noter (cf. notre note du 02.10), le Sénat reste toujours dominé par l’opposition PFL-PSDB. Mais ce n’est pas le cas de la Chambre des Députés où les deux partis les plus représentés seront le PMDB (dont une partie penche pour une alliance avec le PT) et le PT lui-même. Comme dans la précédente Chambre, une vingtaine de partis est représentée ( !) mais cette fragmentation devrait se trouver réduite par l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi défavorable aux petits partis qui s’ils n’ont pas atteint un poids électoral suffisant se voient priver notamment de subventions publiques et de temps de parole à la TV. Seuls 9 partis se trouvent au dessus des minima exigés, les autres formations étant appelées à se regrouper ou à disparaître. Une nouvelle disposition qui constitue la première étape d’une « normalisation » de la vie politique pour éviter les majorités de circonstance qui prévalent jusqu’à aujourd’hui.

 

C’est très curieux, mais depuis dimanche, on ne parle plus du dossiêgate, montrant bien à quel point cette affaire est instrumentalisée. Les deux équipes sont encore aux vestiaires, elles préparent leur stratégie de seconde mi temps et le match va bientôt reprendre. A venir : de nouveaux sondages, le retour des scandales et peut-être même des débats sur le social et l’économique, si toutefois ça intéresse encore quelqu’un !

 

02.10.2006

Lula mis en ballottage. Surprise ? Echec ?

Ce n’est sûrement pas votre blog préféré qui vous apprendra les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle brésilienne. Depuis ce matin, tous les medias hexagonaux commentent en effet la mise en ballottage de Lula qui, avec un peu moins de 49% des voix, ne parvient à distancer Alckmin que de 7 points. Heloísa Helena obtient pour sa part un peu moins de 7% contre 2.5% pour Cristovam Buarque. Surprise ou non ? Echec pour Lula ou non ? Si surprise il y a, elle n’est que partielle car cela faisait plusieurs jours que la tendance était enregistrée par les principaux instituts (cf. notre note du 24.09), mais il est vrai que l’ampleur du score de Alckmin n’avait pas été prévue. Pour Lula, il ne peut s’agir que d’un revers, alors qu’il était très largement détaché jusqu’à il y a une dizaine de jours. Difficile à l’heure présente d’anticiper les résultats d’un second tour qui aura lieu dans 4 semaines. Mais le Président brésilien est clairement en danger. Car s’il n’a loupé que d’un cheveu l’élection au premier tour, rien n’indique qu’il trouvera les réserves de voix suffisantes pour franchir les 50%. Heloísa Helena et Cristovam Buarque sont des dissidents du PT et on pourrait imaginer leur électorat rentrer « naturellement » au bercail après une infidélité de 1er tour, mais il n’en sera sûrement rien pour une bonne partie tant la fracture est consommée, particulièrement entre Lula et Heloísa Helena. Il existe également un réservoir de voix pour les deux derniers prétendants au sein des 8% de votes blancs ou nuls. Mais qui peut savoir vers qui se tourneront ces électeurs probablement déçus de tout ? Une chose est certaine, Lula ne renouvellera pas l’erreur de la chaise vide du 1er tour, ayant d’ores et déjà annoncé son intention de se rendre à tous les débats télévisés.

 

 

Mais on ne votait pas que pour la présidentielle hier. Pour le renouvellement des gouverneurs, quelques surprises sont à noter et viennent mettre un peu de baume au cœur de Lula. Ont été élus 4 gouverneurs PT au 1er tour, alors que dans le meilleur des cas, on en prévoyait 3. Une énorme surprise est venue de Bahia où l’ex ministre Jacques Wagner, un proche de Lula, a été élu alors que l’on imaginait plutôt une défaite pure et simple dès le 1er tour. Autre surprise dans le Rio Grande du Sul l’ex fief du PT où son candidat Olívio Dutra a déjoué les pronostics en se hissant d’un souffle au second tour (pour 0.3% des suffrages). Pas de surprise en revanche à São Paulo et dans le Minas Gerais avec les victoires faciles de José Serra et Aécio Neves tous deux du PSDB, le parti de Alckmin.

 

 

Concernant enfin l’élection sénatoriale, les premières indications montrent une forte stabilité à savoir un Sénat dominé par l’opposition PFL/PSDB, et un PT qui ne constituerait que la 4ème formation représentée. Quelle que soit la configuration majoritaire, il y aura nécessairement des alliances à passer, et on sait qu’elles s’effectuent souvent dans des conditions moralement répréhensibles...

 

 

01.10.2006

C’est aujourd’hui le 1er tour !

Trois candidats posant des questions à une chaise vide sur laquelle est marquée « Lula », telle est l’image grotesque du dernier débat télévisé auquel le Président brésilien a finalement choisi de ne pas participer. Une stratégie risquée qui a laissé le champ libre aux critiques de ses adversaires, une stratégie qui renforcera peut-être également dans leur conviction les partisans de Lula qu’il fallait éviter « une arène de grossièretés et d’agressions » proférées par « des adversaires laissant au second plan le débat de propositions et d’idées pour se dédier quasi exclusivement aux attaques gratuites et aux agressions personnelles »,  selon les termes même du chef de l’Etat dans une missive envoyée à TV Globo pour expliquer son absence sur le plateau.

 

 

Le dernier jour de campagne est éclipsé par la catastrophe du vol 1907 de la Gol qui s’est écrasé dans la forêt amazonienne. Les dés sont jetés et Lula reste le favori pour de nombreux observateurs. Mais souvenons-nous que dans plusieurs pays développés, des surprises de dernière heure sont survenues ces dernières années. Il faudra attendre dimanche soir au Brésil (soit dans la nuit en France) pour avoir des indications sérieuses sur le résultat et en tout état de cause les résultats définitifs seront connus chez nous lundi en fin de matinée.

 

 

Porteur d’espoir en 2002, Lula a déçu là où on ne l’attendait pas. Une autre politique est possible, pensait-on à l’époque en espérant qu’à défaut de changer des règles économiques auxquelles il s’est facilement adapté, Lula l’ouvrier créerait au moins une autre gouvernance. Sur ce plan c’est raté, de nombreux media brésiliens considèrent même qu’on a régressé par rapport à l’ère de Fernando Henrique Cardoso, pourtant elle aussi riche en affaires peu flatteuses. Oui, on ne peut qu’être sensible à la dimension d’un homme simple qui a accédé à la plus haute fonction de son pays. Il a connu la faim, l’ « immigration intérieure » (comme des millions de personnes, sa famille a dû fuir la pauvreté du Nordeste), la dureté du travail où un accident l’a amputé d’un doigt. Il y a quelques semaines, pendant un bain de foule, un homme s’est précipité sur lui exhibant également un doigt amputé, montrant ainsi à quel point ses partisans le considèrent toujours comme l’un des leurs. Popularité, mais qui peut virer au populisme dans des discours s’attaquant « aux élites » quand ce n’est pas purement et simplement aux habitants de tel ou tel quartier favorisé, trop faciles cibles de tribune...

 

 

Pour son éventuel second mandat, Lula prétend faire des réformes institutionnelles et moderniser la vie politique. Il est vrai qu’avec 17 partis représentés au Congrès, des parlementaires qui n’hésitent pas à changer d’appartenance politique en cours de mandat, la politique brésilienne est une caricature de IV° République française. Mais comment peut-on imaginer l’opposition laisser les mains libres à Lula pour faire des réformes alors qu’une partie d’entre elle souhaite déjà le voir destitué avant même qu’il ne soit réélu. Tout dépendra des rapports de force qui naîtront ce mois d’octobre avec l’ensemble des résultats électoraux.

 

 

L’opposition veut s’efforcer de croire que les évènements des derniers jours vont finalement donner lieu à un second tour au cours duquel tout deviendrait possible. Mais cette opposition serait KO en cas de défaite dès ce dimanche, une défaite qui serait avant tout celle de Alckmin qui même dans son propre camp a éprouvé des difficultés à convaincre. Alckmin et son physique de technocrate, ayant une réponse formatée quel que soit le sujet ... Alckmin qui, contrairement à Lula, éprouverait probablement les plus grandes difficultés à faire entendre la voix du Brésil sur la scène mondiale tant on trouve par dizaines des personnalités telles que la sienne. On a vraiment du mal à le voir dans des habits de président.

 

 

Reste Heloísa Helena qui pendant un temps aura animé la campagne au point de pouvoir ravir à Alckmin le rôle de challenger principale de Lula. Tout en campant sur ses positions idéologiques très marquées à gauche, elle aura perdu l’image sectaire qui semblait lui coller à la peau. Elle sera vraisemblablement victime du vote utile, mais aura acquis une notoriété qui devrait lui être utile pour les quatre années qui viennent. Comme Lula, elle ne manque pas une occasion de mettre en évidence ses origines modestes mais en ajoutant que pour ce qui la concerne, elle n’a pas trahi ...

 

 

Cette campagne aura enfin révélé au monde entier la force du crime organisé qui s’est imposé définitivement comme le cinquième pouvoir au Brésil. Il a forcé les autorités de São Paulo à négocier au mois de mai pour mettre un terme à la vague de violences qui a tué plusieurs dizaines de personnes (c’est un secret de polichinelle), il a obligé TV Globo à diffuser une vidéo de soutien en échange de la libération d’un de ses reporters retenu en otage ... Bref, les groupes mafieux tels le PCC (Primeiro Comando da Capital) sur São Paulo ou le Comando Vermelho sur Rio disposent aujourd’hui d’un pouvoir qui semble sans limite. On n’a pas noté de réponse convaincante sur ce sujet chez les principaux candidats.

 

 

 

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