14.11.2006
Un communiste à la tête du Brésil ! (pour quelques jours)
Oui, vous avez bien lu, le Brésil sera pour la première fois de son histoire dirigé par un éminent membre du PC do Brasil à plusieurs reprises d’ici la fin de l’année. Il pourrait s’agir d’un gag, tant ce parti est microscopique mais cette curiosité n’est rien d’autre que le résultat d’une situation constitutionnelle inédite. Résumons-nous : à plusieurs reprises ces prochaines semaines le Président brésilien Lula sera en déplacement à l’étranger. Dans une pareille situation, la Constitution prévoit que ce soit le Vice Président qui prenne les rênes de l’Etat. Mais ce dernier, José Alencar, est malade et dans l’incapacité d’occuper une charge publique pour 30 jours. Ayant réussi à repousser les assauts du cancer il y a une dizaine d’années, il a subi une récidive il y a quelques mois, et son état nécessite aujourd’hui une intervention chirurgicale qu’on imagine lourde. D’où vacance de la Vice Présidence qui s’ajoute à la vacance Présidentielle et c’est donc le 3ème personnage de l’Etat, à savoir le Président de la Chambre des Députés qui assure l’intérim. Or il se trouve qu’il s’agit jusqu’à la fin de l’année d’un député du PC do B de São Paulo, Aldo Rebelo. L’exercice de ses courtes prérogatives devrait être discret car devant se limiter à la remise de la médaille du mérite sportif au marathonien Marilson Gomes dos Santos récent vainqueur du marathon de New York.
Aujourd’hui, l’état de santé de José Alencar laisse planer un doute sur sa capacité à assumer son second mandat de Vice Président à partir de janvier 2007. Les élections des prochains Présidents de la Chambre des Députés et accessoirement du Sénat (3ème et 4ème personnages de l’Etat) ne devraient en être que plus disputées et on peut supposer que Lula en personne aura son mot à dire.
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07.11.2006
Les bus peuvent aussi brûler à Rio
Les élections étant passées, la vie quotidienne, le dia a dia, reprend tous ses droits et retrouve sa place médiatique. La violence d’abord. Par un troublant effet de parallélisme avec notre pays se déroule le procès des auteurs présumés de l’incendie volontaire d’un bus sur Rio, un drame qui avait fait 5 morts en 2005. Ce crime aurait été lié au trafic de drogue. Plusieurs des auteurs ne seront pas jugés car ayant fait l’objet d’une justice expéditive. Ils ont en effet été exécutés par une faction criminelle deux jours après les faits. Trois prévenus comparaissent, et une première condamnation à 309 années et 5 mois de prison vient d’être prononcée, on appréciera la précision. Le Brésil fascine de nombreux étrangers par sa violence, on a ce dimanche entendu sur France Culture (L’Esprit Public) l’écrivain Max Gallo tenter de trouver une improbable résonance entre la violence dans nos banlieues et celle des grands centres urbains brésiliens. Mais dans le même temps, histoire de rappeler qu’on peut vivre tranquille même dans une favela, on lit avec intérêt sur O Globo online qu’à Niterói (Etat de Rio) le morro do Cavalão qui était il y a peu infesté par le trafic, la violence des gangs et celle de la police, est aujourd’hui devenu un exemple de tranquillité sans le moindre homicide en trois ans. La solution ? Une police de proximité qui est acceptée de la population (tiens, tiens) et le travail des associations qui peuvent redevenir efficaces dès lors que le quotidien n’est plus rythmé par les coups de feu.
Mais à toujours parler de la violence, on a l’impression qu’il n’y a rien d’autre. Ces derniers jours, le quotidien des brésiliens a été affecté par deux problèmes comme il en existe sous toutes les latitudes. Tout d’abord une grève du zèle des contrôleurs du ciel qui paralyse une grande partie du trafic aérien, et d’autre part une polémique sur le prix du pain. Auparavant vendu à l’unité il est désormais vendu au kilo et devinez quoi ? par un tour de passe-passe digne du passage à l’€, une substantielle augmentation des prix est intervenue. Bus qui brûlent, mouvements sociaux, pouvoir d’achat, tout cela est proche de nous, mais ne nous y trompons pas, rien n’est vraiment pareil.
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06.11.2006
Recadrage post élection
C’est souvent comme ça. Dans les quelques heures qui suivent une élection chacun se lâche un peu et s’autorise à sortir de son rôle. L’entourage proche de Lula qui avait dès le soir de la victoire parlé de « la fin de l’ère Palocci » s’est vu remettre en place par le Président en personne. C’est moi qui nomme les ministres, c’est moi qui décide des orientations économiques, a-t-il fait savoir. Il faut rappeler que le second mandat de Lula ne commencera que début 2007, nous sommes donc actuellement dans l’entre deux. Les quelques semaines qui vont s’écouler d’ici l’investiture seront propices aux intrigues de palais et aux options politiques. Parmi celles-ci, les choix économiques. « L’ère Palocci » symbolise le premier mandat de Lula marqué par une politique économique orthodoxe et la rigueur budgétaire. Le débat du second mandat appuie là ou ça fait mal : comment mener une politique de développement soutenu sans pour autant sacrifier les sacro saints fondamentaux économiques ? Il est donc logique que les faiseurs d’opinion de tout poil tentent de faire jouer leur influence par media interposés en espérant peser dans la pensée présidentielle. Lula a très rapidement tenu à marquer son pré carré en rappelant qu’il se donnait jusqu’au 31 décembre pour former son ministère, et après quelques jours de vacances familiales à Salvador, il entame la série de consultations qu’il avait annoncée avec ses alliés comme avec ses opposants. Quelques semaines de théâtre d’ombres s’annoncent pendant lesquelles on continuera de scruter les feuilles bien informées ou prétendues telles pour décrypter sous quels auspices s’engagera le second mandat.
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