05.12.2006
Vers une grande coalition à la brésilienne
On est habitué en France à une période de transition assez brève. Election du Président début mai, prestation de serment une dizaine de jours plus tard et nomination du gouvernement dans la foulée. Rien de comparable au Brésil. Réélu il y a un mois, Lula ne commencera son second mandat que début janvier et certains parlent de février pour la prise de fonction du prochain gouvernement. Dans l’intervalle, Lula consulte. Contrairement à la situation qui prévalait il y a 4 ans, le temps ne joue pas contre lui. Il n’y a pas de crise financière à éponger dans l’urgence, bien au contraire, le Président brésilien continue de répéter à l’envi que le Brésil va entamer un cycle de croissance de 5% annuels. Fort de son succès électoral et de la bonne santé économique apparente, il souhaite former une ample coalition, non pas la coalition de nécessité que fait le vainqueur d’une courte tête, mais bien la coalition de celui qui, sûr de sa force, se place au dessus de la mêlée. Dans cette stratégie, il vient de marquer un point important avec le ralliement du PMDB, bien joué. Rappelons que le PMDB est le troisième poids lourd de la politique brésilienne avec le PT et le PSDB. Le PMDB était divisé pendant le processus électoral entre pro Lula et pro Alckmin. Ce qui signifie qu’aujourd’hui, une partie des partisans de Alckmin vient de faire allégeance au chef de l’état brésilien. D’autres partis viendront se joindre à la coalition gouvernementale notamment le PSB (Parti Socialiste Brésilien) de l’ex candidat à la Présidentielle de 2002, Ciro Gomes. Fort de ces soutiens, Lula va débuter son second mandat avec l’appui de la plupart des gouverneurs et une situation favorable à la Chambre des Députés, situation inespérée il y a quelques mois (notre note du 05/09). Seul le contrôle du Sénat devrait lui échapper. Cette situation ne doit pas faire illusion, les difficultés se profileront rapidement. Avec le PT tout d’abord. Habilement, le Président brésilien tente de prendre un peu de distance avec un parti dont l’image est sortie très délabrée des scandales de ces derniers mois. Mais on imagine bien que le PT n’acceptera pas de se laisser marginaliser dans le prochain gouvernement et de se laisser dessaisir de « sa » victoire. Autre élément à prendre en considération, l’horloge électorale tourne vite au Brésil. Dans 2 ans auront lieu les élections municipales qui marqueront le début de la lutte pour la présidentielle 2010... Deux ans maximum de tranquillité, c’est court pour un Président qui veut entrer dans l’histoire. Une inconnue demeure, l’attitude de l’opposition. Encore groggy de sa défaire, le PSDB va-t-il adopter un profil bas pour se refaire une santé ou repartir au front pour jouer son rôle de principal opposant ? Mais saura-t-il régler ses divisions ? Avec quatre personnalités d’envergure nationale, chacun imagine que le PSDB ne pourra faire l’économie d’une guerre interne. Alckmin apparaît aujourd’hui sur la touche, mais on ne connaît pas ses intentions pour l’avenir. Forts de leur élection au poste de gouverneur de São Paulo et du Minas Gerais, José Serra et Aécio Neves ne cachent pas leurs ambitions pour 2010. Mais c’est sans compter sur le montreur de marionnettes, l’ex Président Fernando Henrique Cardoso qui ne se résout pas à ne pas à ne pas être consulté à tout propos et ne désespère pas de tirer quelques ficelles lors des futures joutes électorales.
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